Les Avantages de voyager en Train

Fans de la Renfe (l’homologue espagnol de la SNCF), vous pouvez passer votre chemin. Ce film n’est pas comme le laisse paraître son titre – une campagne promotionnelle pour les voyages en train. Mais vous n’aurez pas été complètement bernés. Ce titre est à l’image du film, une mystification qui comporte sa part de vérité, car sans le train, nos anti-héros ne se seraient pas rencontrés et les histoires n’auraient pas pu être contées. Nos anti-héros se nomment Helga, éditrice et Angel Sanagustín, psychiatre spécialisé dans les névroses schyzophréniques et paranoiaques. Helga a été forcée d’interner son mari en hôpital psychiatrique. Dans le train, elle fait la connaissance du docteur, qui lui confie l’histoire étrange et dérangeante d’un de ses patients qui a fini par le séquestrer. Une histoire qui trouve un écho dans l’enfer traversé par Helga et dans les aventures contées dans un dossier rouge du Docteur, peuplé des récits scabreux et d’obsessions de ses patients. D’abord dégoutée, Helga se laisse embarquer dans ces histoires et elle décide de retrouver la trace du Docteur lorsque leurs chemins se séparent.

L’espagnol Aritz Moreno n’a pas choisi la facilité en adaptant pour son premier long métrage le roman éponyme d’Antonio Orejudo. Les récits gigognes, qui imbriquent des histoires dans des histoires, ce n’est pas une nouveauté dans l’histoire du cinéma – mais l’exercice peut très vite perdre le spectateur non habitué à différents niveaux de narrations. Même pour des spectateurs rompus à la complexité narrative des films de Christopher Nolan, les avantages de voyager en train pourrait être un défi car ses imbrications paraissent n’avoir aucun but, aucun autre agenda que de se laisser porter dans les récits surréalistes (mais vraisemblables) d’âmes tourmentées. Aritz Moreno agence sa narration de façon limpide, et il parvient même à faire passer – avec une grande dose d’humour noire, une réalisation pas tape à l’oeil et un casting de têtes connus très investis – un catalogue des perversions humaines qui pourraient transformer l’être le plus altruiste en parfait misanthrope : snuffs pratiqués sur des orphelins avec le plus grand des cynismes, réduction d’une femme à l’état de chienne par un mari obsédé par les canins, conspiration à grande échelle sur base de récolte des données personnelles dans les poubelles (…). Le réalisateur trouve un équilibre dans la manière de raconter ces horreurs et de dévoiler les fantasmagories, puis la part de vraie dans l’invention. Dans le prémisse et dans la forme, il est difficile de ne pas penser au Train des Epouvantes (Freddie Francis) , très sympathique film à sketch britannique des 70’s avec Peter Cushing qui confrontait les voyageurs d’un train à leur destin funeste. Les avantages de voyager en train n’est pas un film fantastique comme ce dernier, mais il ne pose pas non plus les deux pieds dans le réalisme. Il est quelque part dans un entre-deux teinté de baroque espagnol et de surréalisme. Il peut-être tour à tour dégoutant, révoltant, drôle, absurde et même empathique. Bref, il ne laisse pas indifférent et suscite même une certaine compassion pour ces gens qui « se racontent des histoires ». Pour le moment la meilleure surprise de cet été 2023.

Réalisation : Aritz Moreno

Scénario : Javier Gullón d’après le roman éponyme de Antonio Orejudo Utrilla

Directeur de la Photographie : Javier AGuirre

Montage : Raúl López

Musique : Cristobal Tapia de Veer

Direction Artistique : Mikael Serrano

Production : Leire Apellaniz, Tim Belda, Pilar Benito, Merry Colomer, Frédéric Fiore, Juan Gordon, Eric Tavitian

Pays : Espagne

Durée : 1h43

Sortie en salles le 9 août 2023

Acteurs principaux : Pilar Castro, Ernesto Alterio, Luis Tosar, Quim Gutiérrez, Belén Cuesta, Macarena Garcia, Javier Godino

Genre : Comédie trash, drame, film à sketch

Note : 8/10

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