Kennedy

Présenté à l’Etrange Festival après un passage hors compétition (et acclamé) à Cannes, Kennedy est le nouveau diamant noir du réalisateur indien Anurag Kashyap, plus connu dans nos contrées pour l’excellent dyptique Gangs of Wasseypur et le très bon polar noir Ugly. On y suit un ex-flic passé pour mort qui emprunte le nom de Kennedy. Suite à un drame personnel, Kennedy a juré de se débarrasser d’un ennemi insaisissable. Il survit en occupant un emploi de VTC et en faisant le « nettoyage » pour un préfet de police corrompu de Mumbai. En pleine période de COVID 19, la corruption au sein de la police s’amplifie et l’heure de l’explosion n’est plus très loin pour notre antihéros, autant mis à rude épreuve par les fantômes de ses victimes que ceux de son passé.

Pour incarner Kennedy, Kashyap retrouve Rahul Bhat, l’acteur charismatique qui jouait le rôle principal de Ugly et il lui donne du fil à retordre. Kennedy est un rôle difficile, un nettoyeur sans pitié et mutique qui n’a aucune zone de lumière. Sa froideur de façade n’est contrebalancée que par ses fantômes qui expriment ses remords par procuration, et par des substituts narratifs, personnages et chansons. Comme à son habitude, Anurag Kashyap s’approprie les motifs récurrents du cinéma indien pour les « moderniser » et les teinter du cinéma occidental qui l’a inspiré. Enveloppé dans un jazz brillamment orchestré, moins énervé que Ugly mais tout aussi désespéré, Kennedy traîne une bonne dose de mélancolie qui le rapproche du cinéma européen, et particulièrement du polar italien. Son rythme est lent sans être traînant, sa structure narrative est éclatée sans être un labyrinthe.

A tous les niveaux, Kennedy trouve un équilibre entre l’expression de préoccupations très indiennes et l’exploration de la tragédie de son personnage. Dans son versant sociétal, il est particulièrement inquiétant dans son récit de l’ascension d’une brute et de la corruption généralisée des services de police de Mumbai qu’a apportée la période chaotique de la pandémie. Dans son versant tragique porté avec classe par Rahul Bhat, il met à profit la période de la pandémie en affublant son nettoyeur d’un masque qui le rend invisible à la société et qui en fait ironiquement un vengeur masqué/ âme damnée de la corruption. Un flic zombie en passe de s’émanciper de son marionnettiste. Les seconds rôles sont tous à la hauteur, et l’actrice Sunny Leone (ex star du porno) tire étonnament son épingle du jeu dans un rôle de femme fatale à la dérive. Kennedy rejoint instantanément le haut du panier des films d’Anurag Kashyap et se place parmi les meilleurs polars d’une année 2023 particulièrement riche dans ce genre.

Réalisation : Anurag Kashyap

Scénario : Anurag Kashyap

Directeur de la photographie : Sylvester Fonseca

Montage : Tanya Chhabria, Deepak Kattar

Musique : Raghav Bhatia, Aamir Aziz

Chef Décorateur : Kazvin Dangor

Direction Artistique : Dino Shankar

Production : Kavan Ahalpara, Kabir Ahuja, Viral Shah, Adrika Shetty, Ranjan Singh

Pays : Inde

Durée : 2h22

Compétition Etrange Festival. Sortie française indéterminée

Acteurs Principaux : Rahul Bhat, Mohit Takalkar, Megha Burman, Sunny Leone, Abhilash Thapliyal

Genre : Polar urbain

Note : 8/10

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