Kinds of kindness

« Some of them want to use you…some of them want to get used by you… ». Le célèbre Sweet Dreams de Eurythmics ouvre le bal de dérangés de Kind of Kindness, film à (longs) sketchs de Yórgos Lánthimos qui débarque sur nos écrans à peine six mois après le génial Pauvres Créatures. Trois histoires qui ont en commun leurs acteurs dans des rôles différents, trois illustrations cruelles de ces mots d’Annie Lennox sur fond d’absurde, de pathétique et de surréalisme. Trois histoires dont les titres renvoient à R.M.F (Yorgos Stefanakos), un homme mystérieux qui n’a qu’un petit rôle dans chaque histoire, mais dans tous les cas éléments déclencheur de la crise. Trois histoires qui ramènent le réalisateur à une époque antérieure à La Favorite, dans une structure plus dépouillée et plus sèche, mais avec le vivier d’acteurs hollywoodiens prêts à tout pour lui : La muse Emma Stone, le toujours surprenant Willem Dafoe, les nouveaux venus Jesse Plemmons (couronné à Cannes pour ce film) et Margaret Qualley…et bien d’autres talents. On les comprend. Avec Yórgos, la palme ou l’Oscar ne sont jamais loin et les rôles qu’il a à offrir sont toujours…stimulants.

Dans la première histoire, La Mort de R.M.F, Robert (Jesse Plemmons) a abandonné sa liberté à Raymond (Willem Dafoe), un homme fortuné qui organise sa vie sous forme de scénarios. En échange, Robert lui doit une extrême obéissance et de ne jamais questionner ses directives. Mais lorsque Raymond lui demande de tuer un homme, Robert refuse de s’exécuter. Raymond rompt alors leur accord, et Robert se retrouve seul face à au monde, mais toujours sous l’emprise de Robert.

Le deuxième sketch, R.M.F vole, suit le policier George (Jesse Plemmons) qui perd pied suite à la disparition de sa femme (Emma Stone). Lorsque Liz est retrouvée et revient à la maison, il en vient à douter qu’elle est réellement sa femme. Liz a t’elle été remplacée sur cette île contrôlée par des chiens où elle s’était échouée ? George décide d’aller toujours plus loin pour la confondre. Et Liz, fidèle à son mari ou conditionnée par sa captivité, est décidée à tout supporter. Mais l’affaire se corse lorsque George lui demande de se mutiler.

Le segment final, R.M.F mange un sandwich, nous fait suivre Emily (Emma Stone), une femme moderne qui conduit sa vie de la même façon qu’elle conduit son bolide. Emily a quitté son mari et sa fille pour rejoindre une secte qui boit des larmes et contrôle les fluides de ses fidèles. La mission qu’elle partage avec Andrew (Jesse Plemmons) qui l’a enrôlée, est de trouver une femme qui a des mensurations spécifiques et qui peut ressusciter des morts. Alors qu’Emily trouve les perles rares (Margaret Qualley), le retour brutal de son mari prêt à tout pour la récupérer va gâcher la fête.

Manipulations, Cercles fermés et Soumission, nous sommes en terrain connu si on suit Yórgos Lánthimos depuis ses débuts. Mais cela ne l’empêche pas de nous surprendre par sa liberté de ton et son absence de limites. Kinds of Kindness rappelle un peu Les avantages de voyager en train, mais sa gravité est plus mesurée. On est plus dans le côté mécanique de Mise à Mort du cerf sacré. Les personnages ressemblent à des acteurs, des marionnettes qui agissent sans compassion et sans logique, qui auditionnent les autres ou font auditionner, conduits par leur pulsion ou par leur propre mise en scène (qui va jusqu’au langage choisi). Le côté interchangeable des rôles d’un segment à l’autre fait donc plutôt sens. L’empathie et le lyrisme de Pauvres créatures manquent par contre un peu et quelques longueurs se font sentir de temps à autre. Mais l’humour noir irrésistible, la fantaisie et cette capacité à contourner tout le politiquement correct – en dépit d’un sujet qui s’y prête – emportent encore le morceau. Public familial s’abstenir !

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