Les meilleurs films sont souvent des idées banales magnifiées par leur traitement. C’est le cas de ce Dead Mail, petit diamant diffusé au FEFFS dans le cadre de sa sélection « cross over« . Une simple histoire d’un employé de poste pris pour cible par un psychopathe ? Le film est bien plus que ça. Co-scénariste et co-réalisateurs, Joe De Boer et Kyle McConaghy ont compris que la vérité est dans le détail…et la singularité. Ils scrutent la population d’une ville du Mid-West américain des années 80 pour porter leur focus sur quelques individus qui seront liés pour le pire à travers une lettre postée in extremis par un malheureux otage. Aucun d’entre eux n’est interchangeable. Ils ont tous une vie singulière et des hobbies qui n’appartiennent qu’à eux. Ils portent chacun le poids du quotidien. En dépit des décennies qui nous séparent de l’action, tous ces personnages prennent vie dans une réalité troublante, dans une forme d’empathie teintée d’amusement et de bienveillance. Le récit n’aurait pas pu se dérouler à notre époque. Il sent la poussière d’un temps sans emails où les talents d’un homme méticuleux et passionné peuvent aider à rattraper les erreurs d’envoi. Notre héros humble et désintéressé, une légende dans son bureau de poste, va accepter la mission de retrouver l’auteur de cette lettre tâchée de sang qui pourrait bien n’être qu’un canular. Il mène cette tâche jusque dans le foyer de fortune que son maigre salaire lui permet d’avoir.

Sans prévenir, le récit nous fait le coup de Psychose et opère une volte face à 180 degrés pour suivre un homme normal vivant en banlieue résidentielle, un citoyen lambda qui est aussi passionné par un hobby qui peut nous paraître lointain : le synthétiseur électronique. Un autre vie singulière avec son petit monde est prise d’assaut avec le même sens du détail pour nous mener lentement au noeud de l’intrigue, avec un point de vue différent. De Boer et McConaghy ne cherchent pas l’effet de manche ou le twist facile. Ils nous laissent le temps de nous acclimater à ce nouveau personnage complexe qui ne sera pas un méchant archétypal. Le jeu nuancé et déstabilisant de John Fleck (que les habitués de Star Trek connaissent bien 🙂 ) crée un psychopathe crédible, méthodique et sujet à des sentiments contradictoires. Un monstre à visage humain qui pourrait susciter l’empathie si on ne l’opposait pas à des personnages tout aussi humain, mais bienveillants. Le petit tour de force de Dead Mail est de dérouler un polar dans lequel les flics sont absents et où le psychopathe n’inspire aucune fascination, où la mort d’un homme pourtant insignifiant pour la société peut déclencher une grande chaîne de solidarité parmi les gens qui l’ont côtoyé. Dead Mail est un film fait de bric et de broc, attachant et cruel, mais qui sait manier l’humour. On peut rire au travestissement « flagrant » en histoire vraie au générique final, mais le résultat fait bien plus réel que nombre d’adaptations de faits divers.
