Sinners

Dans les Etats-Unis de la Prohibition, les jumeaux Smoke et Stack reviennent dans leur ville natale du Mississipi avec le projet d’ouvrir un juke-joint avec l’alcool qu’ils ont volé à la pègre de Chicago. Ils font l’acquisition d’une scierie et embarquent dans l’aventure leur cousin Sammie Moore, fils de pasteur qui joue du blues comme personne. Pour inaugurer les lieux, Stack et Sammie font le tour de la ville pour recruter un vieux musicien alcoolique pour accompagner Sammie, Delta Slim, un couple d’asiatiques, Grace et Bow Chow pour la logistique et ils débauchent le costaud Cornbread d’une plantation pour garder l’entrée de la scierie. Pendant ce temps, Smoke ramène Annie, la femme avec qui il a vécu, qui dit l’avoir protégé de la mort durant des années à l’aide de rites anciens. La soirée se passe pour le mieux, faisant resurgir le passé et promettant de belles nuits pour le futur. Mais nos protagonistes ignorent qu’un blues d’une pureté exceptionnelle a le pouvoir d’établir un pont entre les vivants et les morts et que cette nuit pourrait bien être leur dernière.

Quand Ryan Coogler, routard des blockbusters qui a pondu Creed, Black Panther et leurs suites, ramène un projet « personnel » avec un pitch pareil, il y’a de quoi ouvrir les yeux et les oreilles. Quoiqu’on pense de ses films précédents, il a ce qu’il faut pour emballer un blockbuster correct et cette touche déviante que Sinners mélant l’Histoire des plantations, la passion du blues, la moiteur du Mississipi et de ses superstitions avec une horreur abordée sous un angle original promet un cocktail à même de secouer les grosses machines hollywoodiennes. Mais Sinners échoue dans son mélange de tous ces aspects. Perdu quelque part entre une volonté de donner vie à des personnages réels et celle d’offrir un bon film d’action horrifique baigné dans le blues et l’atmosphère des plantations du Sud, il devient un film composite qui penche vers sa jambe gauche ou sa jambe droite sans jamais vraiment se décider. Et le comble pour un film cherchant à capter l’esprit du blues, il ne parvient jamais à trouver le rythme pour embarquer le spectateur et le laisser s’abandonner. Sinners regorge pourtant de bonnes intentions lancées au détour d’une scène (par exemple l’embryon d’un affrontement par musique interposée), mais aussitôt éclipsés par des stéréréotypes éprouvés.

SPOILERS

Sinners marche plus ou moins sur les terres d’Une nuit en Enfer de Robert Rodriguez, cocktail miracle qui avait su effectuer la synthèse de plusieurs genres et à provoquer la surprise lorsqu’il glisse vers le surnaturel. Le film de Ryan Coogler aurait pu bénéficier de cette surprise si son concept n’avait déjà été eventé pour le besoin de sa promo. On reste néanmoins sur notre fin sur le choix de vampires plutôt banals qui se fondent plutôt mal dans le contexte choisi alors que Rodriguez avait adapté ses ghoules et innové dans ses maquillages.

La partie « film sur le blues » est également décevante car elle n’est exploitée qu’en surface et noyée dans tous les autres aspects du film. Une scène est symptomatique de l’incapacité du film à se poser dans une direction claire : A travers un plan séquence explorant la fièvre provoquée par la prestation de Sammie Moore, toutes les musiques noires du présent et du futur viennent s’allier dans une même unité temporelle. Cette idée puissante se traduit à l’écran par un tintamarre, une cohabitation visuelle et auditive bruyante qui perd au passage l’idée principale sensée déclencher l’invasion du surnaturel : la pureté et la vérité que transmet la musique de Sammie Moore. Cet enchaînement de déceptions dans cette veine sera un peu compensée par une première partie exemplaire en terme d’exposition qui retranscrit sans fioritures l’atmosphère des plantations du Mississipi des années 30, par une bande originale de qualité et par un caméo plutôt bien intégré du bluesman Buddy Guy. Sinners est au final un film frustrant, mais un divertissement correct qui parvient par moments à transmettre l’état d’esprit d’une communauté à ce moment précis de l’Histoire.

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