Avant Shaun of The Dead, il y’avait Spaced, et avant Spaced il y’avait Asylum, et avant Asylum. Il y’eut Six pairs of pants.
Jessica Stevenson et Simon Pegg se sont rencontrés en 1995 à une audition pour cette série à sketch où elle se rendait avec son amie Katy Carmichael. Les trois jeunes acteurs sont retenus et partagent l’affiche de cette série de trois épisodes.
Une alchimie réelle se créé entre Pegg et Stevenson sur le tournage de la série. Si bien que quand Simon Pegg participe à The Asylum, série comique de six épisodes diffusé sur Paramount Comedy Channel en 1996, il recommande Jessica pour lui donner la réplique. Un jeune réalisateur scénariste fraîchement arrivé à Londres, Edgar Wright, est à l’origine (avec David Walliams) de cette série quasi improvisée qui se situe dans un asile d’aliénés. Les trois éléments clés de Spaced se trouvent réunis.
Entre dur réalité et fictions
Spaced est né des expériences de Jessica Stevenson et Simon Pegg. Les deux scénaristes voulaient une sitcom différente de ce qu’ils voyaient dans les autres sitcoms anglaises, qui pouvait montrer une relation amicale entre un homme et une femme de 25 ans. Guidés par le côté « geek » et fan de SF de Simon Pegg et l’attrait pour la culture populaire de Jessica Stevenson, ils écrivent ensemble très vite et par des échanges constants ce que deviendra la première saison de Spaced.
Cette première saison sera diffusée en 1999, deux ans avant la création de The Office et six ans avant le retour de Doctor Who, deux dates clés dans le renouveau des séries anglaises. la série se démarque déjà en étant une sitcom a à une caméra sans public, aux lieux très variés. La comédie est mêlée à la vie réelle, des situations et problèmes de la vie de tous les jours (précarité financière, problèmes de job, pannes d’inspiration…) sont fantasmées en film et jeux vidéos par des personnages sans glamour qui pourraient bien être votre voisin. La patte visuelle d’Edgar Wright (déjà bien mûre cinq ans avant Shaun of the Dead) s’ajoute très tôt au processus puisqu’ils l’invitent sur le projet environ 18 mois avant le premier clap. Sa réalisation, jouant autant sur le pastiche de grands succès cinématographiques que sur des mouvements très dynamiques de caméra et de montage, apporte une fraîcheur bienvenue dans au monde des sitcoms anglaises.

Daisy, Tim et les autres
Jessica Stevenson et Simon Pegg deviennent Tim et Daisy, deux amis obligés d’inventer une relation de couple pour pouvoir trouver une location. Tim dessine des comics mais il ne parvient pas à percer. Aspirante journaliste, Daisy est en permanence devant une page blanche. Ils se rencontrent dans un bar alors qu’ils galèrent à trouver un appartement.
Les autres personnages s’ajoutent de façon naturelle dans un casting informel. Simon Pegg a repris dans son scénario le personnage créé par son ami Nick Frost, qu’il se plaît à lui jouer durant leurs heures de service dans un restaurant mexicain. Militaire jusqu’au bout des ongles, Mike devient le meilleur ami de Tim dans Spaced et Simon Pegg réussit à imposer Nick Frost, serveur, à la chaîne Channel 4 et à Edgar Wright, alors même qu’il n’a jamais joué la comédie de sa vie.
La propriétaire de l’appartement, Marsha, est jouée par Julia Deakin (qu’on retrouvera dans Hot Fuzz quelques années plus tard) qui créé de toute pièce cette femme lascive et avinée en se basant sur deux de ses connaissances. Il fallait bien un rôle pour Katy Carmichael, la collègue de Six Pair of Paints. Ainsi est née Twist, meilleure amie de Daisy, qui passe son temps à la dévaloriser. Brian, l’artiste de l’appartement du dessus, naît du personnage de Julian Barrat dans Asylum et du fait qu’il était commun à Londres de partager un appartement avec un artiste de ce type. Mark Heap transforme un personnage à l’origine pompeux et bavard en une sorte d’étrange homme grincheux et émotif qui crève l’écran dès sa première apparition. La dernière pièce de ce casting sans faute est l’adorable chien Colin (Ada dans la vraie vie) qui fait une apparition tonitruante au quatrième épisode.

Un réservoir de talents
A ces Friends londoniens rassemblés de façon atypique viennent s’ajouter des seconds rôles marquants qui feront ensuite parler d’eux. Michael Smiley, futur acteur fétiche de Ben Wheatley et détective Benny Silver dans Luther, campe Tyres, un hyperactif livreur le jour, raveur la nuit, positif en toutes circonstances. C’est un peu l’ange gardien de nos jeunes paumés. Bill Bailey, futur héros de la série Black Books est Bilbo, le chef de Tim dans sa boutique de comics. Pete Serafinowicz (qu’on retrouvera en coloc de Simon Pegg et Nick Frost dans Shaun of the Dead) campe un rival amoureux absolument détestable qui aura ce qu’il mérite lors d’un match de paintball mené plus intense que la moyenne. David Walliams, futur co-auteur de la série à sketchs Little Britain incarne Vulva, un.e artiste insupportable qui humilie le pauvre Brian le temps du troisième épisode Art, un des meilleurs de la série. Un épisode ponctué par une spectacle-performance qui fait date.

Selon Edgar Wright, la première saison s’est faite sans trop d’attentes et en faisant ce qu’il voulait. Ce n’est qu’après que la question de ce que les gens peuvent attendre de la série est venue. La réalisation de la rave. Les scènes de pastiche de Shining, des jeu vidéo Resident Evil et Tekken qui préfigurent Shaun of the Dead.
Spaced 2, le retour
Impressionnée par les 7 épisodes livrés, Channel 4 avait commandé une seconde saison avant la diffusion de la première tout en allongeant plus de budget. La saison 2 de Spaced fut diffusée trois ans plus tard, en 2002. Ses trois créateurs ont pu se focaliser sur plus d’action et Edgar Wright d’encore aiguiser sa réalisation pour se surpasser, notamment sur une scène de kung-fu ou un mime de gunfight à la John Woo.
Reece Shearsmith et Mark Gatiss, auréolés de la série à sketchs The League of Gentlemen, viennent chacun pointer le bout de leur nez. Le premier dans le très caustique épisode Robot Wars sur des combats de robots clandestins, le second en Agent Smith dans un épisode où apparaît aussi un certain John Simm. Dans cette saison, le talent de bédéiste de Tim est enfin reconnu par un gros éditeur de comics et il sort avec la charmante Sophie (Lucy Akhurst), assistante du directeur. Cette intrigue fleuve mène à la révélation finale tant redoutée. Les enjeux sont alors poussés à leur paroxysme, avec en jeu l’amitié du petit groupe. Et quand le final de l’avant-dernier épisode pastiche la fin de l’Empire Contre-Attaque, la côte sympathie du groupest au plus haut. On ne veut pas les voir se quitter. C’est le même lien qu’on ressentira avec les personnages de Shaun of the Dead et Hot Fuzz, des personnages si réels qui aiment les mêmes choses que nous, qui vivent le même quotidien et qui en viennent à vivre quelque chose d’extraordinaire.

Spaced est une série unique. C’est aussi une des premières séries, dix ans avant Community, qui raconte une génération qui pense référentiel et monte en épingle comme des films toutes les situations de leur vie. Mais même si t’as pas la réf, tu peux apprécier, car elle a à la fois une vibe tellement réelle, pas du tout idéalisée de la vie dans une capitale comme Londres à 25 ans. Elle porte le même message que Friends sur la famille qu’on se constitue hors de sa famille de naissance à l’aube de l’an 2000, mais ses personnages ne vivent pas dans une bulle protectrice comme nos New-Yorkais. C’est aussi, 25 ans après, un instantanée d’une génération qui renvoie à des débats qui font encore rire (la dépression post-Jar Jar Binks de Tim). Si vous aimez Shaun of the Dead, Hot Fuzz ou le Dernier Pub avant la fin du Monde, on ne peut que vous inciter à voir ces quatorze épisodes. La meilleure comédie romantique avec des zombies jamais créée avait de qui tenir.
