28 ans plus tard – 28 Years Later

On ne savait pas quoi penser d’une deuxième suite à 28 jours plus tard, 23 ans après la sortie de l’original et 18 ans après le second. Pour marquer le coup, il aurait fallu patienter encore 5 ans (et le quatrième sortirait 28 siècles plus tard). Mais qu’en est-il de l’impact potentiel aujourd’hui d’une deuxième suite à ce très bon film d’infectés – qui contribua à faire naître bien malgré lui la mode du film de zombies – alors même qu’il y’a bien longtemps que l’overdose de zombies a été atteinte au cinéma et sur le petit écran ? On pouvait penser que l’arrivée de Danny Boyle, réalisateur de l’original, sur le projet était une bonne nouvelle, si on n’avait pas vu ce qu’il avait fait sur Trainspotting 2 : Un truc de nostalgique mou du genou, une compromission impardonnable. Nous avons donc décidé d’attendre 28 jours avant de jeter un coup d’œil à ce nouveau film d’un réalisateur autrefois chéri, et tant pis s’il n’était plus à l’affiche. Heureusement que l’absence de bons films à se mettre sous la dent nous a poussé à franchir le pas un peu plus tôt car nous aurions eu tort de louper au cinéma un vrai bon film comme ce 28 ans plus tard.

La séquence d’ouverture vient nous rappeler d’entrée de jeu que 28 jours plus tard était un film d’infectés, et pas un film de zombies. Ces quelques minutes de la vie d’un enfant confronté à la grande épidémie font mal. On retrouve la réalisation sous amphets de Danny Boyle en avant-goût d’un voyage qui sera autrement plus glaçant que les deux premiers opus. Pour qu’une suite vaille le coup d’œil, il faut trouver un angle intéressant et original. L’équipe d’origine (Boyle à la réalisation, Alex Garland au scénario, Andrew MacDonald à la production) a trouvé ce bon angle en se plaçant du point de vue d’un jeune adolescent qui n’a connu que le monde d’après et qui se retrouve contraint de partir à l’aventure au milieu des infectés pour trouver un médecin qui sauvera sa mère. Ce point de vue permet d’injecter un peu d’espoir dans le schéma du post-apo et de dépasser la position misanthropo-nihiliste des premiers films que la série The Walking Dead a usée jusqu’à la corde. Comme on pouvait s’y attendre, Alex Garland ne fait pas dans la finesse dans la description des hommes de cette communauté de survivants et de leur micro-société dopée à la testostérone, et il en rajoute une couche en décrivant les alphas, des super-infectés qui guident la meute. Mais notre jeune héros est un bon contrepoids qui trouve un écho dans un autre personnage qu’on préférera ne pas dévoiler, tant il dénote avec les poncifs associés au genre.

Outre cette touche d’aventure et d’espoir un peu anachronique, Danny Boyle est parvenu, à 68 ans, à retrouver l’énergie et la vigueur qui le caractérisaient. Celui qui réinventait constamment le montage pour nous garder en alerte et nous faisait sortir de la salle avec un niveau d’adrénaline surélevé est de retour. 28 ans plus tard est une agression visuelle et auditive constante, dans le bon sens du terme. Les chants martiaux et images historiques en inserts rappellent l’histoire de violence de l’être humain. Le cadre est tantôt enfermant pour exprimer l’incertitude du surgissement d’une ennemi, tantôt global pour isoler les non infectés dans l’immensité sauvage qu’est devenue l’Angleterre. La furie des infectés s’exprime par des cuts plus que jamais hors de contrôle, qui savent mettre en valeur un gore craspec sans morale, ni limites qui aurait pu sortir des bis italiens des années 70. En contraste, il y’a l’empathie, élément intrus qui vient colorer le film un peu plus à mesure qu’on s’approche de la fin et qui culmine dans un adieu simple et touchant. La fin de la civilisation était peut-être inévitable, mais elle subsistera tant que la mémoire de chaque mort ou être humain tombé sera conservée.

En dépit d’un scénario qui comporte de nombreux écueils, on se prend d’affection pour cette suite tardive et on accepte de se laisser entraîner. On accepte même cette dernière scène un peu nanarde offerte par Danny Boyle pour lier l’aventure de Spike à celle du gamin de l’introduction. 28 ans plus tard pourrait être une belle conclusion pour le réalisateur de Trainspotting, mais il devra n’être qu’un chapitre de plus dans la saga des 28. Une suite à cet opus s’annonce déjà : 28 years later : The Bone Temple qui sortira en 2026, et peut-être une trilogie si le succès est au rendez-vous. Vous pensiez vraiment qu’ils allaient attendre 28 siècles ?

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