Freud, la Dernière Confession – Freud’s Last Session

Londres. Septembre 1939. Deux jours après le début de la Seconde guerre mondiale, l’écrivain et universitaire britannique C.S Lewis rencontre un Sigmund Freud qui n’a alors plus que quelques jours à vivre. Freud reproche au futur auteur du Monde de Narnia les critiques adressées à son égard sur son athéisme. Lewis est un ancien athée reconverti au christianisme et il compte bien convaincre le père de la psychanalyse du bien-fondé de sa foi.

Les évènements décrits dans Freud, la dernière confession sont fictifs. Sigmund Freud avait bien rencontré un écrivain peu avant sa mort, mais rien ne permet d’avancer qu’il s’agissait de C.S Lewis. C’est le livre d’Armand Niccoli, The Question of God, qui imagina cette rencontre atypique entre les deux intellectuels. Pour cette dernière confession, il ne faut pas s’attendre à voir un bilan de la vie de Freud, ni de révélation tonitruante sortir de sa bouche (en piteux état, il faut dire). Le débat annoncé du chrétien contre l’athée convaincu n’est lui-même qu’une série de joutes peu convaincantes. Le film parle avant tout de deux intellectuels qui doivent affronter l’obscurité avec les armes qui sont les leurs : Faut-il obligatoirement croire pour affronter les ténèbres ? L’un se sait condamné et l’autre angoisse de voir une nouvelle guerre mondiale, lui qui fut traumatisé par la première. Déçu par l’humanité, Lewis a choisi de croire en une entité surnaturelle dépositaire de la beauté, entrevue lors d’une vision, qu’il identifie à Dieu en ce qu’elle lui apporte de l’espoir. Lorsqu’il s’engage à la fin du film vers le tunnel de cette nouvelle guerre, il se sent alors plus armé pour l’affronter. Humaniste, Freud compte d’abord sur lui-même, et c’est ce qui le conduira à choisir sa mort (A sa demande, on lui injecta une dose fatale de morphine). Il ne nie pas l’existence d’un Dieu qu’il tient responsable de beaucoup de choses, mais il préfère ne pas se soumettre à une divinité impitoyable.

Le réalisateur Matthew Browne peut compter sur Anthony Hopkins pour mener le show. A 87 ans, l’acteur s’accapare l’attention à chaque apparition et ne laisse que quelques miettes à Matthew Goode, qui porte de façon académique un personnage trop poli, trop typique de son époque. La mention de J.R.R. Tolkien rappellera le biopic du créateur du Seigneur des Anneaux sorti en 2019, dont ce film reprend l’expérience mystique du combattant. Cette dernière confession évite le tunnel de dialogues qu’on pouvait redouter. Mais la présence de flashbacks et la sous-intrigue sur l’homosexualité d’Anna Freud ne parviennent pas pour autant à relever un scénario classique et sans surprise qui ne redresse réellement le film que dans ses dernières minutes. Un grand film sur les dernières années de Sigmund Freud reste encore à faire. D’ici là nous pouvons toujours (re)découvrir A Dangerous Method de David Cronenberg et le Freud, passions secrètes de John Huston.

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