Gambler

Le 8 juillet 2025, la trilogie Pusher est ressortie dans quelques salles avec la complicité de The Joker Films. Une bonne piqure de rappel que la trilogie créée par Nicolas Winding Refn aux premières années de sa carrière mérite d’être dans toute dvd/bluraythèque qui se respecte. Bien que Pusher ait été un beau succès surprise qui a mise en orbite la carrière du réalisateur et de l’acteur Mads Mikkelsen, il n’était pas censé avoir de suite. Refn avait profité de sa bonne étoile pour enchainer sur Bleeder, puis il s’expatria au Canada pour tourner Fear X (Inside Job). Le film qui met en scène John Turturro eut un un bon accueil critique, mais il fut un échec au box office. Nicolas Winding Refn retourna au Danemark avec une dette personnelle de près de 6 millions de couronnes (environ 750 000 euros) et une famille à nourrir – sa fille Lola venait alors juste de naître. Avec son partenaire et des conseillers financiers, il cherche une solution pour sauver sa boîte de production. Cette solution sera Pusher 2 et Pusher 3, deux films tournés l’un après l’autre, véritable montage financier destiné à renflouer les caisses de la boîte de prod de Refn et à remettre sa vie sur de bons rails. Un pari audacieux qui est le point de départ de plusieurs mois d’angoisse pour le réalisateur et ses proches.

La réalisatrice danoise Phie Ambo a filmé le réalisateur dans son intimité durant ces mois d’incertitude, entre doutes et abus d’aspirine. Sorti en salles le 16 juillet, dans la foulée des Pusher, Gambler – tel un making-of à 360 dégrés – montre l’envers du décor du monde du cinéma, ce milieu carnassier qui peut faire passer un réalisateur de l’euphorie à banqueroute en l’espace d’un film. Le sujet n’y est pas les suites de Pusher, mais l’argent. Le réalisateur réussira t’il à se renflouer et à rebondir ? Nous savons que oui, puisque nous connaissons la suite : Bronson (2008), Le Guerrier Silencieux (2009), Drive (2011), Only God Forgives et The Neon Demon (2016) (…), mais nous ne savons pas que l’existence de cette suite incroyable ne tenait qu’à un pari qui faisait entrer une multitude de variables, dont une grande partie n’étaient pas artistiques. Un peu perdu dans ce monde qui n’est pas le sien, Refn accepte d’être guidé dans ce labyrinthe financier un peu à contrecoeur, bien conscient des erreurs qu’il a faites sur Fear X. Le pari est à double tranchant puisque l’échec des deux films sonnerait comme un couperet, mais viendrait aussi ternir son plus grand succès.

C’est dans ce contexte de forte pression que naît l’idée de recruter des non-acteurs, d’anciens de la pègre, pour jouer dans Pusher 2 aux cotés de Mads Mikkelsen, parmi lesquels Kurt Nielsen qui sera un challenge à gérer durant le tournage. Nous découvrons aussi que le rythme si prenant de Pusher 2 est en partie dû à un remontage en urgence effectué pour convaincre un investisseur de financer Pusher 3 dont le tournage était alors imminent ! Ces péripéties, mélangés aux instants de tournage de Pusher 2 et aux moments d’intimité entre Refn et sa famille sont d’autant plus intéressantes que le film est un des rares seconds films d’une trilogie à avoir surpassé en qualité l’original. Vingt ans après, Gambler montre en quelques sorte comment la créativité peut être dopée par l’urgence et une pression extérieure importante, pourvu qu’elle puisse être gérée. Elle montre aussi un point décisif dans la carrière de Nicolas WInding Refn, alors que l’authenticité est encore de mise, mais qu’un point de basculement est proche pour le réalisateur vers plus de calcul, de contrôle, et la création d’un personnage dans sa vie (il s’est déjà un nom d’emprunt) comme dans son oeuvre. On retrouvera la famille NWR dix ans plus tard dans le documentaire sur le tournage d’Only God Forgives (My Life Directed by NWR) filmé par sa femme Liv Corfixen. Un documentaire tout aussi authentique de par sa réalisation, mais qui paraîtra un peu plus ficelé.

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