28 ans plus tard : Le Temple des Morts – 28 Years Later : The Bone Temple

Sorti en juin dernier, le premier volet du triptyque 28 ans plus tard (et troisième volet de la saga lancée par Danny Boyle) avait créé une belle surprise, au point qu’il ne loupa que de peu le top 10 de notre palmarès annuel. On pouvait retenir de ce retour une réalisation toujours plus immersive de Danny Boyle et un versant plus lumineux que les désespérés 28 jours plus tard (2002) et 28 semaines plus tard (2007) personnifié par le Dr. Ian Kelson (Ralph Fiennes). C’est justement ce personnage que ce second volet – réalisé par Nia DaCosta – choisit d’aborder plus frontalement, en mettant en exergue le traitement très humain qu’il réserve aux infectés et particulièrement à l’alpha Samson. En parallèle, le film suit toujours le jeune Spike qui était tombé nez à nez avec un groupe de jeunes adultes à la dégaine curieuse à la fin du premier film et qu’il devra rejoindre à son corps défendant. Groupe « sataniste » qui singe l’acoutrement de l’ancien présentateur Jimmy Saville, les Jimmy prennent plaisir à tuer et torturer les gens qui ont réussi à survivre dans ce territoire peuplé d’infectés depuis 28 ans. Le bon Docteur et les horribles tueurs seront fatalement amenés à se rencontrer à l’issue de ce second volet.

Le Temple des Morts a donc un pied dans la fange – comme un des survivals les plus trashs que vous aurez pu voir depuis longtemps (Rob Zombie n’aurait pas renié la scène dans la grange)- et un pied dans l’espoir, comme pour valider l’idée que la noirceur n’est jamais pire qu’à l’aube d’un renouveau. Le territoire du « mal » est en effet très présent et exposé sans concessions, mais il s’efface instantanément derrière la présence de la musique pop des 80’s et 90’s – survivance du monde d’avant l’infection – qui illustre les moments de partage contemplatifs entre Kelson et son nouvel ami infecté. La musique a toujours joué un grand rôle dans les films de Danny Boyle, et elle n’y adoucit pas toujours les moeurs (on se souvient d’Iggy Pop, le catalyseur des errances des junkies de Trainspotting). Duran Duran, RadioHead ou Iron Maiden sont pourtant ici l’arme de guerre principale des non-violents et le trip sous morphine est bon moyen de s’évader.

Sous la réalisation de Nia DaCosta (Candyman 2021), la patte Boyle/Garland/MacDonald à la production et au scénario reste visible, mais cela ne signifie pas que la réalisatrice démérite. Elle poursuit le travail énorme effectué sur le précédent volet pour nous immerger dans le ressenti des personnage. Les attaques sont toujours tétanisantes, nous prenant constamment au dépourvu. Et elles sont d’autant plus efficaces qu’elles sont moins nombreuses. La réalisatrice apporte même une pierre à l’édifice de Ian Kelson en s’autorisant à explorer le ressenti de ces bêtes contaminées via une nuée de sensations auditives et visuelles. Cette empathie nouvelle renverse les cartes et ouvre la voie d’une réhabilitation.

Le Temple des Morts n’est pas toujours au niveau de l’intensité du premier volet et certains détails peuvent déranger, comme un surélèvement constant de la dangerosité des Jimmy. On a parfois du mal à comprendre que Spike, qui a combattu des infectés plus rapides et dangereux, soit comme une bête craintive face à eux, que le docteur ne terrasse pas le chef de secte par un de ses tranquilisants ou qu’une famille qui a survécu au milieu de cet enfer soit à ce point surprise par leur home invasion. On peine aussi à croire qu’aucun être humain « sain » en 28 ans n’ait eu l’idée de tester le remède miracle élémentaire de Kelson sur les infectés. Mais le ton général emporte toujours le morceau. Cette troisième suite s’inscrit dans une cohérence globale avec la saga, comme une nouvelle pierre qui a sa singularité, mais qui trouve aussi tout à fait sa place. Après la surprise délivrée en dernière scène, on attend de pied ferme la conclusion.

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