Après des années 2010 de vaches maigres – si ce n’est la très sympathique série Ash vs. Evil Dead – Sam Raimi s’était retrouvé aux commandes de Doctor Strange and the Multiverse of Madness. Voir la singularité du réalisateur des Spiderman se fondre dans le cahier des charges Marvel était une bien mauvaise expérience qui scella notre divorce avec le MCU. Il aura fallu attendre cette année 2026 pour le retour aux armes de celui qui révolutionna le cinéma d’horreur avec Evil Dead avec une comédie noire de studio qu’il parvient à subvertir juste comme il faut.
Send Help raconte l’Histoire de la maladroite Linda Liddle, une femme irréprochable dans son domaine de compétence mais qui n’a pas les « atouts » pour devenir manager, selon Bradley, le nouveau boss de sa boîte, un fils à papa méprisant. Celui-ci l’invite à une négociation en Chine avec d’autres collègues pour lui laisser une dernière chance de faire ses preuves. Le voyage se termine par un crash et les deux seuls survivants, Linda et Bradley, échouent sur une île déserte au large de la Thaïlande. La jeune femme se trouve vite comme un poisson dans l’eau, elle qui s’était préparée pour participer à une sorte de Koh Lanta. Le rapport de force finit par inverser dans cette nouvelle jungle, au grand bonheur de Linda qui retarde le plus possible leur retour dans le vrai monde.

Comme c’était déjà le cas pour Jusqu’en Enfer en 2009, le scénario de Mark Swift et Damian Shannon a les deux pieds dans le contexte professionnel et l’individualisme de son époque. Le monde de l’entreprise est toujours une compétition rude qui reproduit les même schémas, même si il renouvelle à l’occasion ses codes de domination, ici les soft skills (talents relationnels) et une forme de bullshit qui n’a pour but que d’embrouiller les gens qui ont les compétences pour s’approprier leur travail. l’inversion des rapports de force ne vise pas particulièrement à donner une leçon au dominant pour aboutir à un équilibre, mais à montrer que le rapport de pouvoir est la seule constante dans notre monde. Dans un contexte qui lui est favorable, Linda se bat avec les armes qui sont les siennes pour garder sa position de force et Bradley cherche à garder la face, intriguant d’abord pour utiliser les talents de Linda avant que chacun ne tombe le masque dans une scène « réelle », sorte de parenthèse humaine dans l’affrontement qui permet enfin aux personnages de partager durablement le même cadre. Sam Raimi nous fait croire l’espace d’une séquence que nous allons vivre une romance/comédie romantique old school, mais il sait que dans le monde réel, ses deux personnages sont condamnés par leur milieu. Elle, à prolonger sa revanche coûte que coûte, lui à ne pas lâcher sa position.


Ainsi Send Help est une suite de négociations pour prendre l’avantage sur le ton de la comédie noire à tendance gore qui tâche. On retrouve des restes du réalisateur masochiste qui faisait souffrir le pauvre Ash / Bruce Campbell. On retrouve aussi l’excellent directeur d’acteurs d’Intuitions, Un plan Simple et des Spiderman qui utilise à merveille les talents comiques de Rachel MacAdams (une revanche pour sa sous-utilisation dans son Doctor Strange) et révèle ceux de Dylan O’Brien (Teen Wolf, le Labyrinthe). La cohérence de leur duo fait tenir toutes les prises de risques, et même la dernière partie au ton ouvertement grandiloquent. Sam Raimi s’amuse de nouveau avec une réalisation fluide et inventive au service du jeu de dupes qu’il mène avec le spectateur et de la configuration visuelle des jeux de pouvoirs (isolation des deux personnages, gros plans enfermants pour figurer la perte de contrôle, plongée / contreplongée, distance dans le cadre…). On peut regretter l’usage un peu trop voyant des CGI et une dernière partie au twist un peu téléphoné. Cela n’enlève pas le côté frais et réjouissant de l’aventure. On en redemanderait.

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