Yannick

Yannick est gardien de nuit et il a enfin réussi à avoir un jour de congé. Tout heureux de pouvoir enfin se divertir, il est venu en transports de Melun à la capitale (probablement par la ligne D, le pauvre homme) pour voir « Le Cocu », un vaudeville médiocre interprété par trois comédiens peu inspirés. La déception est forte pour Yannick, qui n’avait pas grand chose d’autre dans sa vie que ce jour de congé. Comprenez le, c’est quand même chiant de devoir supporter « Le Cocu » alors qu’on avait prévu de se distraire. Au beau milieu de la représentation, Yannick se lève pour critiquer la pièce et vider son sac. Viré de la salle, il revient avec un flingue et la ferme intention de faire jouer aux comédiens une pièce plus drôle qu’il va écrire. Pris en otage, le public et les comédiens n’ont pas d’autre choix que de faire avec.

Yannick c’est Raphael Quénard, qu’on avait déjà vu (avec Blanche Gardin) dans un des rôles les plus mémorables de Fumer fait Tousser, le dernier film de Quentin Dupieux que vous n’avez pas oublié vu qu’il est sorti il y’a à peine huit mois. Oui, c’était bien l’ouvrier qui refusait d’apporter son aide alors que le neveu de Blanche était en train de se faire avaler par une machine. Et il est très drôle. Et oui, Quentin Dupieux est (du point de vue purement très subjectif de ce blog) le meilleur réalisateur français en activité. Mais Yannick n’est pas vraiment drôle, et sur la forme, ce n’est pas vraiment un Quentin Dupieux. Le réalisateur d’ordinaire versé dans l’humour absurde et qui aime travailler sa narration – en faisant souvent péter le mur réalité/fiction – a choisi une approche en temps réel et très terre à terre. L’idée lui est venu lors de la projection de Fumer fait tousser à Cannes où il s’emmerdait grave (il l’avait vu un paquet de fois). La scène avec Blanche Gardin et Raphael Quénard lui avait donné envie de faire un film pour ce dernier. La situation de départ est en elle-même absurde et inconfortable : un spectateur insatisfait qui braque un théâtre. Elle aurait pu donner lieu à un commentaire social sur la France d’en bas qui se révolte contre la France du haut. Si on sent le prémisse de ce commentaire, il se perd très vite dans l’anarchie des évènements et l’absence de manichéisme dans la représentation des personnages. Elle aurait pu être une critique de l’égocentrisme de Yannick, qui veut imposer son point de vue avec le flingue. Mais Quentin Dupieux semble ne pas juger son personnage, et même sur la fin lui donner le seul vrai moment de grâce du film. Yannick n’est rien d’autre qu’un film sur la prise de risque. Ce qui conduit le réalisateur de Wrong Cops à oeuvrer en dehors des sentiers battus du cinéma français depuis des années. En lieu et place du vaudeville habituel, les spectateurs auront eu une expérience déstabilisante, mais dont ils se souviendront et le comédien joué par Pio Marmai aura pu se révéler. Yannick est un film moyen, qui ne propose objectivement pas d’intrigue substantielle et peut sembler totalement en roue libre, voire chiant par moments. Mais il va constamment à l’encontre de l’attendu du spectateur, évite l’écueil du message et délivre une conclusion plutôt satisfaisante. Aux esprits chagrins qui pensaient se bidonner devant du Dupieux plus conventionnel, on dira que cette petite incartade ne dure que 1h07, qu’elle n’a demandé que six jours de tournage et qu’elle est au final plus divertissante que le dernier Jason Statham.

Réalisation : Quentin Dupieux

Scénario : Quentin Dupieux

Directeur de la Photographie : Quentin Dupieux

Montage : Quentin Dupieux

Chef Décorateur : Bruno Hadjadj

Directeur artistique : Joan Le Boru

Production : Hugo Sélignac, Antoine Lafon, Mathieu Verhaeghe, Thomas Verhaeghe, Quentin Dupieux

Pays : France

Durée : 1h07

Sortie française le 2 août 2023

Acteurs Principaux : Raphael Quenard, Blanche Gardin, Pio Marmai, Sébastien Chassagne, Jean-Paul Solal, Agnès Hurstel, Mustapha Abourachid

Genre : Comédie, huis clos

Note : 6/10

3 commentaires sur “Yannick

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  1. Je partage cette admiration pour Dupieux. Et je regrette de ne pas avoir insisté dans mon article sur le fait que, en effet, rien n’est à sens unique dans ce film, et que chaque personnage met sur la table (de la cuisine, devenant à la fin une table d’examen médical) ses tourments, ses colères et ses regrets.
    C’est effectivement le premier Dupieux que l’on peut aisément raconter de bout en bout sans trop de difficulté, mais ce n’est pas pour autant un film « moyen » je trouve. C’est sans doute la première fois qu’il touche d’aussi près la complexité des personnages, sans truc, sans se cacher derrière un rideau de non sens. Et ça fait drôlement du bien.

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