Sorti en 1968 – soit 5 ans après le roman de Pierre Boulle – la Planète des singes de Franklin J. Schaffner offrit un nouveau rôle mémorable à Charlton Heston et un twist final qui le fit entrer durablement dans la culture populaire. Les quatre films suivants qui exploitèrent ce succès virent le niveau de qualité baisser vertigineusement, de fait que rien n’augurait un retour de la franchise. Pourtant, la Fox ne désespère pas et finit par convaincre Tim Burton de réaliser un remake qui profite des dernières technologies de maquillages et d’effets spéciaux, et qui sort en 2001. Consensuel et sans grand éclat, le film est un succès commercial qui tombe vite dans l’oubli et qui annonce le déclin artistique du réalisateur d’Edward aux Mains d’Argent. Dix ans plus tard et 38 ans après le dernier film de la pentalogie d’origine, Battle of the Planet of the Apes, Rupert Wyatt revient au sources en proposant de suivre les origines de la chute des humains et l’élévation de la civilisation des singes dans le bien nommé Rise of the Planet of the Apes (La Planète des Singes : les origines). Un rejeton tardif de la mode des préquels lancée avec les années 2000. Mais celui-ci a un atout dans sa manche nommé César. Interprété à la perfection par Andy Serkis (Gollum) via l’utilisation de la performance capture (utilisée pour Avatar, Tintin et le Secret de la Licorne…et Gollum dans le Seigneur des Anneaux), le héros de la nouvelle franchise prend vie devant nos yeux et se révèle être un personnage passionnant, dont les émotions ressortent même mieux que les personnages humains qui l’entourent. Ce défi amène la franchise dans une autre direction qui améliore l’identification aux singes. César devient le pivot des deux films suivants – l’Affrontement et Suprématie – réalisés par Matt Reeves (futur réalisateur de The Batman), qui racontent la construction de la nouvelle civilisation simiesque et le déclin des humains. Ils bénéficient de scénarios brillants et d’acteurs investis. Rétrospectivement, la nouvelle trilogie La Planète des Singes est la franchise de blockbusters la plus intéressante d’une décennie 2010 très pauvre en la matière. Le troisième film nous avait laissés sur la fin de César et des humains perdant l’usage de la parole, un point parfait pour boucler la boucle avec le film original.
Mais Matt Reeves a encore des idées sous le coude, et la Fox est rachetée par Disney en 2019. Comme à son habitude, Disney entend bien exploiter les licences du studios et en fin 2019, on annonce déjà que Wes Ball (réalisateur de la trilogie Labyrinthe) arrivera aux commandes d’une suite du troisième film, avec un retour partiel de l’équipe de production de la trilogie. La planète des Singes : Le nouveau royaume a lieu trois cent ans après Supprématie. Le chimpanzé Noa s’apprête à suivre un rite d’initiation lorsque sa communauté de chimpanzés « éleveurs d’aigles » vivant en autarcie est attaquée par des gorilles de l’autoproclammé roi Proximus Cesar, qui se réclame de l’héritage de César. Les chimpanzés qui ne sont pas tués sont amenés dans le royaume pour être réduits à l’esclavage. Dans sa quête pour les délivrer, Noa rencontre Raka, un Orang-Outan érudit qui lui fait connaître l’histoire de César et l’amitié avec les humains qu’il défendait. Les deux singes rencontrent une humaine qu’ils appellent Nova et qui suscite d’abord la méfiance de Noa, mais Raka le convainc de l’embarquer dans leur voyage.
Le Nouveau Royaume est un récit d’initiation dans la tradition du monomythe, le parcours d’un héros qui passe par la rencontre avec un mentor (César, par l’entremise de Raka) qui change sa vision du monde et lui permet de secourir les siens. Ce canevas éprouvé fonctionne très bien sur la première partie du film. Conseillé par Andy Serkis, Owen Teague fait des merveilles et nous fait accepter le jeune chimpanzé comme héros en une seule scène d’introduction plutôt brillante. Le passage de flambeau avec César est donc bien géré et nous ne changerons pas de point de vue sur le reste du film. Alors que Supprématie empruntait au film d’évasion, on nous renvoie ici vers le western, avec une touche de péplum, et le mélange des genres prend contre toute attente. Appliquée, la réalisation de Wes Ball suit Noa comme si elle filmait n’importe quel être humain et nous replonge dans cette familiarité qu’on avait ressenti dans les trois films précédents, avec encore un bond sur le réalisme des singes. Cette proximité créée et un scénario efficace permettent de faire passer une symbolique parfois un peu lourde (p.ex l’aigle du père qui le suit). Puis Nova se met à parler et la (mauvaise) surprise du spectateur est semblable à celle de ses deux compagnons simiesques. Sans être mauvaise, la suite du spectacle n’a pas grand chose à proposer, sinon une intrigue de libération conventionnelle et un retour des humains « intelligents » plus qu’improbable. Trois cent ans après avoir soldé leur sort, ce retour en force de notre espèce sonne artificiel et anachronique, comme un prétexte pour relancer la machine pour encore deux autres films (que la fin du film annonce clairement) ou bien pour renverser définitivement l’identification. Le personnage interprété par Freya Allen (Ciri dans The Witcher) est particulièrement antipathique et s’inscrit dans la lignée d’une franchise misanthrope qui prend du recul sur le comportement de l’être humain. La suite pourrait bien opposer les chimpanzés aux humains, dans une bataille redite et bien plus manichéenne que la trilogie précédente. S’il reste un film de qualité comportant de très beaux moments, ce Nouveau royaume emprunte une direction qui questionne.


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