Cet article est dédié aux médias qui ont osé dire que cette fois, c’était le vrai retour de Tim Burton.
La vision successive de Beetlejuice et de sa suite, réalisée 36 ans plus tard, fait mal. Beetlejuice ménage une introduction et un fil rouge parfaitement clairs, une action cantonnée à très peu de lieux qui implique d’entrée de jeu tous les personnages avec un nombre limité de points de vue (les Maitland et Lydia, essentiellement), des personnages introduits rapidement qui laissent la place à quelques scènes remarquables au timing comique bien réglé et qui sont restées dans les mémoires (la danse du dîner, la séance de spiritisme, le mariage etc…) et surtout, c’est une comédie jusqu’au bout des ongles, souvent cartoonesque, mais pas que. Les interactions entre les acteurs et les réactions inattendues des personnages participent du décalage du film. Beetlejuice Beetlejuice est une succession d’idées jetées en vrac, des sous-intrigues morcelées, amorcées pour chaque personnage, qui viennent s’entre-parasiter et fatalement, auront toutes une conclusion décevante. Celles de Monica Bellucci et Willem Dafoe sont tellement inutiles et déconnectées du reste qu’elles semblent venues d’un autre film, peut-être un scénario abandonné de Tim Burton qu’il aurait ressorti pour valoriser sa nouvelle muse et la caboche de ce bon vieux Willem.

Dans cette bouillie, on peut relever un fil rouge sur la menace d’un nouveau mariage entre Beetlejuice et Lydia. Cette menace est elle-même noyée par les longs tunnels de dialogue qui insistent lourdement sur les traumas des personnages principaux. On peut remercier Alfred Gough et Miles Millar pour le tour de force car dans leur scénario, tout tombe à plat. On ne tiendrait pas rigueur à Tim Burton pour cette débâcle – comme sur le premier Beetlejuice, il n’est pas à l’écriture – si la réalisation n’était pas elle-même dans les choux. Les précédents films du réalisateur depuis une vingtaine d’années étaient tous peu inspirés, mais sa mise en scène était dynamique, ce qui les rendaient toujours agréables à suivre. Beetlejuice Beetlejuice souffre de gros problèmes de découpage et d’une difficulté flagrante à dynamiser par le montage même les moments importants du films. Le pic de l’ennui est atteint lors d’une scène intimiste entre Jenna Ortega et son crush zombie tellement plate qu’elle n’aurait pas dépareillée dans la série Mercredi (dont les showrunners sont curieusement Alfred Gough et Miles Millar). Sans intrigue, sans rythme, sans fun et même sans fin, Beetlejuice Beetlejuice réussit l’exploit de faire bailler pendant 1h40. Tout juste peut-on saluer la conservation de l’univers d’origine qui n’a rien perdu de son charme, une poignée de beaux moments entre Winona Ryder et Michael Keaton et deux scènes animées qui aident à rappeler que Tim Burton a eu du talent.
