Depuis ses premières armes à l’écriture de The Office (US), Michael Schur est passé pro dans l’art de transformer des cadres réputés grisâtres et monotones en lieux haut en couleurs, véritables cellules familiales de substitution. Des bureaux de Dunder Mifflin à l’au-delà de The Good Place, en passant par le commissariat de Brooklyn 99 et le service des parcs de la mairie de Pawnee (Parks & Recreation), il excelle tellement dans cet art que le spectateur finit par s’y sentir chez lui, entouré d’amis. Dans les différents univers du showrunner, les échanges sont pourtant plus caustiques que dans Friends, et les problèmes – sociaux, politiques, soucis du quotidien – plus proches de ceux des téléspectateurs (même lorsqu’il est question du paradis), mais on s’y sent tout aussi bien. Sa nouvelle série en date, Espion à l’ancienne est un de ces défis les plus grands car il s’installe dans le lieu morose par excellence : une maison de retraite, lieu où se déroule communément la période plus difficile dans la vie d’un être humain. De bonnes sitcoms ont déjà existé dans cet univers – La très rentre-dedans Getting On et l’attachante Derek de Ricky Gervais – mais elles se plaçaient plus du point de vue des soignants. La série Septième Ciel de OCS a abordé frontalement la vieillesse sous un aspect particulier, celui de la vie amoureuse et elle l’a plutôt bien fait. Le but de Michael Schur est de nous attacher à ces lieux où la mort rôde, d’aborder tous les aspects des problèmes des résidents, même au-delà des non dits. Tout cela en conservant la marque feelgood qui est la sienne. Et pour cela, quel meilleur véhicule que le récit de détective ?
Les récits de Dashiell Hammett, Raymond Chandler, Agatha Christie et de leurs multiples descendants sont tous à leur façon un moyen d’exploration d’un microcosme social au-delà de la surface. L’explorateur d’Espion à l’ancienne se nomme Charles Nieuwendyk, ancien professeur d’ingénierie, veuf depuis peu, qui se trouve embauché par une agence de détective pour une mission d’infiltration dans une résidence de retraite de luxe pour résoudre une affaire de vols d’objets précieux. Ted Danson retrouve Michael Schur après avoir été le Michael de The Good Place. Avec le même talent comique et la même humanité qu’il a traîné sur toute une vie de sitcoms (Cheers, Becker, Bored to Death, la récente Mr.Mayor), il campe un personnage attachant, un peu gauche mais suffisamment intelligent pour être crédible dans son rôle. Nieuwendyk partage de nombreuses choses avec les résidents et son défi sera de conserver le détachement nécessaire à sa mission. Autour de lui, Mary Elizabeth Ellis (la serveuse qui subit Charlie dans It’s always sunny in Philadelphia), John Getz (La Mouche, Blood Simple), Veronica Cartwright (Alien), et une belle brochette de seconds rôles de plus de 60 ans. Dans ce casting hétéroclite, Stéphanie Beatriz tire particulièrement son épingle du jeu, excellant à montrer toute sa palette de jeu dans un rôle à l’opposé Rosa dans Brooklyn 99. Cette première saison d’Espion à l’ancienne sait se montrer légère et bon enfant. Les résidents ont les moyens de vivre dans une résidence luxueuse très loin de l’EHPAD français moyen. Mais elle n’évacue pas pour autant les sujets difficiles liés à la fin de vie. Sur sa seconde partie, l’intrigue policière s’efface pour laisser respirer la petite communauté et offrir de beaux moments de vérité, des instants amers surmonté par une belle dose d’optimisme. Elle innove moins que les précédentes séries du showrunner, mais nous savons bien que Mike Schur prend son temps pour installer ses univers. Nous attendrons donc avec impatience la saison 2 pour voir où il veut nous mener sur cette nouvelle création.
L’intégralité de la saison 1 est sur Netflix.


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