Wallace & Gromit – La Palme de la Vengeance / Vengeance Most Fowl

Vous souvenez-vous de Feathers McGraw ? Ce manchot diabolique et silencieux travesti en poulet qui donna du fil à retordre à Wallace et son compère Gromit dans le moyen-métrage Un mauvais Pantalon ? Le criminel s’était installé dans la demeure du duo en pate à modeler et avait pris le contrôle à distance d’un pantalon électronique, causant bien des soucis à Wallace. Il le fit s’introduire dans un musée pour subtiliser un diamant précieux. Mais Wallace et Gromit parvinrent à le neutraliser et il fut enfermé dans un zoo. Tout cela remonte à 1993, mais la vengeance est un plat qui peut se déguster très très froid…

De nombreuses aventures plus tard, dont un triomphe en 2005 au cinéma avec leur premier long Le mystère du Lapin Garou, Wallace & Gromit ont fait leur grand retour sur Netflix à Noël dernier dans La Palme de la Vengeance (Vengeance most fowl), deuxième long-métrage du duo et retour aux affaires de Feathers McGraw. Dans sa fièvre d’inventeur, Wallace crée le nain de jardin robotique Norbot capable de réaliser toutes les tâches à sa place. La nouvelle se propage auprès des voisins qui veulent leur propre Norbot. Wallace devient vite dépendant de cette technologie, au grand désarroi de Gromit. Une nuit, agacé par le bruit du chargement du robot, le chien l’amène au sous-sol pour le brancher sur l’ordinateur de Wallace. Mais dans sa prison animalière, Feathers McGraw a entendu parler du robot et il parvient à se connecter à l’ordinateur des gardiens pour pirater Norbot. Il lui ordonne de créer sa propre armée afin de servir ses plans et de salir l’honneur de ceux qui l’ont enfermé toutes ces années.

Vengeance Most Fowl est un vrai bonheur, une nouvelle réussite à mettre au crédit de Nick Park. Avec ses collaborateurs Merlin Crossingham (à la réalisation) et Mark Burton (au scénario), il ne lui faut pas longtemps pour nous replonger dans le quotidien de l’inventeur Wallace et de son fidèle compagnon comme si nous ne les avions jamais quitté. Un Sacré Pétrin remonte pourtant à 2008 ! Comme toute suite qui se respecte, il utilise des ressorts de l’intrigue du Mauvais Pantalon pour les transposer à une échelle plus importante, digne de porter un film d’1h10. Toujours aussi dynamique, truffé de dialogues et d’idées visuelles géniales et dans un ton bon enfant revigorant, ce nouveau long arrive aussi à point nommé à une époque où la dépendance technologique atteint un point critique.

Les éléments d’invention qui faisaient rire dans les précédents volets ne sont maintenant plus de l’anticipation et Nick Park touche au cœur lorsqu’il décrit le mal qui touche Wallace. Il symbolise ce glissement par un nouveau gadget « de récompense » qui rompt le contact direct entre lui et son chien, annonciateur de Norbot, véritable machine à tout réaliser à la place de son propriétaire. La menace de la dépendance à l’intelligence artificielle pointe dans tous les interstices de ce nouveau long, et les vulnérabilités créées par cette dépendance se révèlent à travers la figure du manchot pirate. Le message n’est pas martelé, il est servi à point dans une intrigue haletante qui le rend d’autant plus efficace. Le minimalisme insidieux de McGraw est toujours sa force, à cent lieux des vilains caractérisés à outrance. Inquiétant et drôle à la fois, il agit dans l’ombre avec jubilation. Wallace est toujours attachant malgré sa naïveté et on ne peut que fondre face au côté protecteur et résolument méfiant de Gromit.

Le seul hic dans cette aventure est de devoir se payer un abonnement à une plateforme qui propose au moins 80% de programmes sans véritable intérêt pour pouvoir profiter d’un spectacle aussi populaire, bien troussé et propice à remettre l’élément humain au coeur de l’esprit des futures générations d’inventeurs. C’est une belle régression, quand on pense au plaisir procuré à découvrir Le mystère du lapin garou en salles.

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