The Phoenician Scheme

Vingt sept ans après Rushmore, Wes Anderson bénéficie d’une exposition rien que pour lui à la Cinémathèque Française et d’une rétrospective savoureuse qui a fait déplacer les foules. Et il poursuit son chemin avec la même inventivité teintée de distance, le même fétichisme sur les décors et les objets, la même volonté de rassembler des « familles » avec son dernier né, The Phoenician Scheme. Derrière ce titre il y’a le nouveau projet de Zsa Zsa Korda, homme d’affaire aventurier qui s’abstrait de toute règle et de toute morale, cible de nombreux tueurs à gages qu’il connaît bien pour les avoir recrutés lui-même. Après une énième tentative de meurtre sur sa personne, il décide de nommer un successeur et légataire en la personne de sa fille Liesl, une aspirante nonne. Sous la menace des tueurs et d’une organisation d’Etats décidés à leur barrer la route, Liesl et son père s’engagent dans une nouvelle grande aventure financière, accompagnés de l’étrange Bjorn, nouveau précepteur/gestionnaire du magnat. Cette aventure mouvementée changera leur vie et dans une certaine mesure, leur rapport au monde.

The Phoenician Scheme est très balisé et il ne s’en cache pas. Il annonce même sa structure sous la forme d’une liste de courses. Cette prévisibilité était déjà présente dans Asteroid City, tout aussi opératique, détaché et moins généreux dans l’émotion que ses premiers films. L’espionnage n’est qu’un ornement de fond, comme l’était la S-F dans son film précédent. Il n’aura pour ainsi dire aucun impact sur le tempo du film qui reste un film de Wes Anderson, un genre à part entière qui se caractérise par ses petites touches visuelles et les interactions entre ses personnages. Personnage plus grand que nature, héritier indirect d’une grande lignée de filous magnifiques Andersoniens (Royal Tenenbaum, Zissou, Mr. Fox, Gustave H. …) , Zsa Zsa Korda est un centre de gravité permanent. Dès sa première scène, Benicio Del Toro s’approprie sans effort et sans partage l’espace en dépit des nombreuses têtes d’affiches de luxe reléguées au titre de guests stars. Il ne cédera une part de cet espace qu’à la jeune Mia Threapleton, servie à merveille par son personnage de bonne soeur affable rattrapée par « la génétique ». L’actrice a hérité du charisme de sa mère Kate Winslet et on ne peut que saluer cet ajout à la famille du cinéaste. Michael Cera complète bien le trio à la manière de Michael Cera, dans la partition qui est la sienne depuis Arrested Development qui se fond très bien dans le style du réalisateur.

Le grain de déviance de The Phoenician Scheme se trouve dans les expériences de mort imminente du personnage principal, scènes opaques et symboliques en noir & blanc inspirées d’un certain cinéma européen. Elles constituent des intermèdes qui peuvent faire sortir du film, mais nous gratifient en échange d’un caméo de ce bon vieux Bill Murray dans le rôle de Dieu. S’il a un peu perdu de sa superbe en devenant une formule, Le cinéma de Wes Anderson est toujours une petite oasis d’humour et d’humanité dans un monde de brutes, fortement conseillé à dose homéopathique. Une des rares valeurs sûres.

Un commentaire sur “The Phoenician Scheme

Ajouter un commentaire

  1. Bonjour Guenaël,
    Ravi de lire un article positif sur ce film qui m’a laissé totalement froid, et qui m’a surtout sérieusement barbé. Le petit Théâtre de Mr Anderson m’a amusé dix minutes, avant que je me rende compte que cette jolie mécanique tournait à vide. Je n’y ai trouvé aucun point d’accroche, juste une « formule » comme évoqué dans l’article, essentiellement décorative et désespérément apathique. Impossible cette fois de me connecter à cette démarche, à cet humour. Expérience frustrante pour la part.

    Aimé par 1 personne

Répondre à princecranoir Annuler la réponse.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑