
Comment renouveler la franchise Alien ? En dépit de ses qualités, Alien : Romulus avait montré les limites de renouvellement de la franchise créée par Ridley Scott, Dan O’Bannon, H.R Giger et toute une équipe de créatifs au meilleur de leur inspiration à la fin des années 70. Comment adapter au monde actuel et en série un film dont le meilleur opus date de près de 50 ans ? Les terreurs du huis-clos spatial pouvaient difficilement s’épanouir sur Terre, sauf à produire une saison de série B qui ne viserait que la surenchère et les péripéties d’Alien Vs. Predator. Lorsque le projet fut rendu public par Disney en 2020 (La Fox qui possède les droits de la franchise a été mangée par Disney en 2019), il n’y’avait déjà pas de quoi exciter les foules. Seul le nom du showrunner Noah Hawley pouvait susciter une forme de curiosité. L’écrivain de polar qui avait réussi à adapter brillamment le Fargo des frères Coen en série et à nous livrer Legion, la série Marvel qui ressemblait le moins à du Marvel (ou à toute autre série existante), suffisait à laisser une chance à Alien : Earth. Mais avec un recul poli tenant compte de la déception des saisons 4 et 5 de Fargo. Avec sa nouvelle série, Noah Hawley confirme qu’on ne surpassera pas Alien, le Huitième Passager, mais il offre une série de S-F singulière et intéressante, à la fois en phase avec son temps et l’atmosphère du premier film. Et mieux encore, il offre à la mythologie Alien une porte de sortie de trois décennies de purgatoire.


Noah Hawley sur le plateau de Alien : Earth et en caméo dans le rôle du père de Marcy/Wendy
An 2120, la Terre est dirigée par cinq grandes corporations, dont Prodigy, qui appartient au très jeune Kavalier. Sur son île, le génie vient de créer une invention capitale qui permet de transférer l’esprit d’êtres humains dans des corps de synthétiques. La Petite Marcy qui souffrait d’un cancer en phase terminale est heureuse de trouver un nouveau corps d’adulte. Elle est bientôt suivi par cinq autres enfants qui expérimentent le même transfert, sous l’oeil attentif de Dame Sylvia et du synthétique Kirsh. Obsédé par Peter Pan, Kavalier les baptiste comme les enfants perdus du Pays Imaginaire et donne le nom de Wendy à la jeune Marcy. Leur quiétude est bientôt bousculée lorsqu’un vaisseau explorateur de la Weyland-Yutani avec un équipage décimé et des spécimens d’Aliens en liberté s’écrase sur l’île. Wendy demande l’autorisation d’aller sur les lieux du crash car son frère fait partie de l’équipe de secours. Il pourrait être exposé à un grand danger.

Morrow, un Androide plus complexe qu’il n’en a l’air
Dès les premières minutes d’Alien : Earth, on remarque le travail effectué sur l’atmosphère et le sound design. S’il est un peu moins visible lors des passages sur terre, cet attachement à créer une ambiance par le son (et la musique) est bien le letmotiv de la série. En celà, ce nouvel Alien a les mêmes aspirations que le premier film de Ridley Scott. Noah Hawley et son équipe ont privilégié les sensations, ce qui fait ressortir à merveille le côté organique des bestioles et la nature cauchemardesque de la menace. Ils s’attachent aussi à s’inscrire dans une continuité et à rendre hommage. Le nouveau vaisseau est un succédané du Nostromo et la vie de l’équipage est semblable à celle de Ripley et de ses collègues, parfois au plan près. Sans doute conscient de sa redite, le showrunner choisit de ne raconter l’aventure complète de l’équipage que dans l’épisode 5, alors que l’intrigue sur Terre est suffisamment avancée pour révéler des twists. Une grande partie de sa copie s’attache à désamorcer les attentes du télespectateur. Le mimétisme est troublant, mais il a encore pour limite le plafond de verre de l’original. C’est sur Terre que les partis pris de Noah Hawley deviennent intéressants.

Kirsh apprend la science aux Enfants Perdus, mais science sans conscience…
On ne saurait trop encenser le bestiaire créé par H.R Giger : Le Xénormorphe, Le Face Hugger, les oeufs d’Alien, ce bébé qui jaillit du poitrail d’un pauvre être humain auraient bien du mal à sortir de notre esprit. Nous aurons bien le plaisir de revoir ces passages obligés qui réussissent toujours autant à provoquer l’angoisse et le dégoût, plongés qu’ils sont dans l’atmosphère poisseuse d’Alien : Earth. C’est pourtant l’utlisation de ce bestiaire qui semble être de trop dans la série de science-fiction concoctée par Noah Hawley. Lorsqu’il est sous-contrôle et « humanisé », le xénomorphe perd de sa superbe. Nous l’avions vu dans Alien : Resurrection et ici, il ne tient le haut de l’affiche que le temps de développer un nouvel Alien très prometteur qui a encore de nombreux secrets à révéler. Ce dernier serait un ennemi du xénormorphe et il serait aussi intelligent que sa nemesis est physiquement redoutable. La voilà, la porte de sortie : Un nouvel alien ? Seul l’avenir nous le dira, mais cette nouvelle pièce de la mythologie est l’apport le plus fascinant de la série. Les enfants hybrides sont le deuxième grand plus d’Alien : Earth, poussés vers le haut par la jeune Sydney Chandler et de jeunes comédiens épatants. La cerise sur le gâteau est l’opposition créée entre le synthétique Kirsh incarné avec subtilité par Timothy Olyphant et le taciturne et impitoyable cyborg Moreau (Babou Ceesay). En filigrane des différentes intrigues, Hawley récupère aussi la dynamique fraternelle développée dans Alien : Romulus pour la redévelopper de façon intéressante.

Emmy Award du mouton le plus flippant de l’annééé
Alien : Earth n’est pas exempt de gros défauts qui apparaissent dès le retour des hybrides dans leurs quartiers. Des catastrophes en chaîne se déclarent, pour beaucoup invraisemblables dans un laboratoire et un complexe aussi surveillé. Et surtout peu en raccord avec le soin apporté au réalisme de la saga. Le scénario se perd un peu dans les pièges d’une série tévé, mais il retombe heureusement sur ses pieds au dernier épisode. Le sentiment général est très positif. Alien : Earth est une série de S-F de qualité qui aurait pu donner un très bon film en étant plus concise et dépouillée du poids de son héritage.



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