Après le crash de son vaisseau dans la petite ville de Patience, Colorado, un extraterrestre prend la forme du Dr. Harry Vanderspiegle dans le but de mener à bien sa mission de supprimer l’espèce humaine. Manque de chance, le médecin local est retrouvé mort et Vanderspiegle est mandaté par le maire et le shérif local pour réaliser l’autopsie et remplacer le défunt. L’alien devra travailler avec l’assistante du médecin, Asta, composer avec un enfant qui peut le voir dans sa vraie enveloppe et apprendre à connaître une population locale qu’il estime au niveau d’intelligence d’un lézard. Mais esclave de son enveloppe corporelle, Harry ne tardera pas à être contaminé par cette horrible humanité et par tous ces gens qui l’entourent.

Adaptée très librement des comics de Peter Hogan et Steve Parkhouse parus chez Dark Horse Comics, la série de Chris Sheridan revisite le thème de l’alien infiltré avec un talent et une singularité revivifiante. Pourtant il n’y a rien de neuf sous le soleil des Etats-Unis avec cette histoire d’extraterrestre mêlé à la population, mais la nouveauté tient à l’angle exploré et à une floppée de personnages qu’on ne peut plus quitter. La série Resident Alien est une série de choix judicieux qui l’émancipent des comics d’origine, dont le plus déterminant est la nature de l’alien. Ici il n’est plus question d’un alien empathique et bien intégré qui aide les humains à résoudre des crimes, mais d’une espèce qui regarde la nôtre de haut et qui peine à saisir nos conventions. Le décalage entre l’alien et ces pauvres humains du Colorado teinte la série d’une comédie noire politiquement incorrecte assumée et d’un comique de situation qui ne rate jamais sa cible. Pour mener la danse, le choix d’Alan Tudyk est royal. L’acteur bien connu pour avoir traîné ses guêtres dans la série Firefly (il retrouve ici son compère Nathan Fillion dans un rôle de pieuvre), Tucker & Dale fightent le mal ou bien Dodgeball (Steve le pirate, c’était lui) trouve le ton parfait pour rendre ce personnage menaçant et cruel irrésistible, dans son comportement maladroit, sa passion pour New York, Police Judiciaire, son rire unique et son absence de tact. Chacune de ses interactions avec les humains de la bourgade met le sourire aux lèvres. On aime le regarder comploter, entrer dans une guerre des nerfs avec le jeune Max et sa complice Sahar, mais encore plus voir évoluer sa relation amicale avec Asta qui s’épanouit sur la longueur.

Le grand fil rouge de Resident Alien, outre la menace de destruction de notre planète, est l’humanisation de l’alien. Prisonnier de son enveloppe, Harry finit par ressentir des émotions humaines auxquels il réagit comme il peut, alors qu’il doit absolument trouver son dispositif mortel pour mener sa mission à terme. Les arguments de son peuple pour détruire l’espèce humaine sont très pertinents, à charge du showrunner Chris Sheridan de renverser la vapeur. Quels sont les arguments des êtres humains pour éviter leur propre destruction ? Le créateur de la série n’a pas l’intention de se reposer uniquement sur une « révolution » de l’intérieur. Il veut nous faire aimer ces humains qui entourent Harry, et il n’a aucun mal à le faire. En tête de liste, Sara Tomko incarne une Asta touchante et moderne qui lutte contre un passé difficile et une relation toxique empreinte de violences conjugales, mais qui est aussi entourée de personnes bienveillantes. Le naturel avec lequel se fait la collision entre le monde très réel qu’elle et son amie (non moins irrésistible) D’Arcy incarnent et la fantasie de la série est une des grandes originalités de Resident Alien. Il faut une écriture fine et dosée pour faire passer autant de noirceur, naviguer en permanence entre la comédie et la tragédie humaine. Et il faut un beau talent pour embarquer, épisode après épisode, le télespectateur et lui faire tomber la blasitude d’années de personnages moyens. On aime être à Patience au milieu d’Asta, son père adoptif Dan, son amie D’Arcy, le maire Ben et sa famille, le shérif et son adjointe Liv (…). Pour son niveau d’attachement aux personnages, Resident Alien est comparable à sa cousine de SyFy Z Nation. On trouve aussi une touche assumée de Twin Peaks dans cette façon de nous envelopper dans un microcosme, et une veine feel good / questionnement de la nature humaine qui rapproche cette série de Dead Like Me, la première oeuvre trop méconnue de Bryan Fuller.

Et l’intrigue dans tout ça ? Elle serait plutôt héritière des X Files, Roswell et des nombreux faits divers teintés d’enlèvements d’aliens qui ont eu lieu depuis maintenant quatre vingts ans. On pense particulièrement à The Unnatural, cet épisode de la 6ème saison des X Files qui voyait un extraterrestre évoluer dans notre monde sous l’enveloppe d’un joueur de base-ball. Dans un humour omniprésent, Chris Sheridan nous fait un panorama des lieux communs du genre. Harry annonce d’entrée de jeu qu’il y’a plusieurs espèces aliens promptes à convoiter la Terre. Les Petits Gris auront une place à part entière dès la deuxième saison. On retrouve aussi un chasseur d’alien (Terry « Hobbes » O’Quinn) et des « Men in Black » menés par Linda Hamilton en mode pré-Stranger Things. Après une première saison d’exposition, la mythologie s’élargit dans une deuxième fournée de 16 épisodes qui s’ouvre sur d’autres éléments S-F dont on taira la nature, tout en creusant encore les rapports entre Harry, la petite ville de Patience et ses habitants. A la fin des années 90, Resident Alien aurait eu sa place sur une certaine chaîne hertzienne le samedi en première partie de soirée. Ces deux premières saisons sont disponibles sur Netflix, ce qui est déjà pas mal. Et si comme nous, vous êtes devenus accrocs à Patience et à ses habitants, autant aller vers Universal + où est désormais disponible l’intégralité de la série (4 saisons). Un visionnage sans binge est recommandé pour faire durer le plaisir.


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