Projet Dernière Chance – Project Hail Mary

Troisième roman d’Andy Weir, l’auteur de Seul sur Mars (adapté au cinéma par Ridley Scott en 2025), Projet Dernière Chance amène Ryland Grace (Ryan Gosling) dans le système de Tau Ceti à douze millions d’années lumière de la Terre. Professeur de sciences et docteur en biologie moléculaire déchu pour ses thèses controversées, le pauvre homme n’a aucun bagage d’astronaute et une amnésie rétrograde qui l’empêche de savoir pourquoi il a été envoyé là, et pourquoi ses deux compagnons de voyage sont morts. Il découvrira qu’il est a été envoyé ici car notre soleil est affaibli par un organisme inconnu – un astropage – qui se reproduit grâce à l’énergie solaire et le CO2 de Vénus. Toutes les étoiles aux environs sont contaminées par l’organisme à l’exception de Tau Céti. Voilà donc pourquoi Ryland a été envoyé sur place. Seul et livré à lui-même, il rencontre un autre vaisseau spatial piloté par une créature faite de pierre qui est ici pour les mêmes raisons, et qui a aussi perdu son équipage. Ryland parvient à établir un contact avec la créature – qu’il nomme Rocky – et à établir un traducteur. Les deux astronautes devront travailler ensemble pour sauver leurs planètes respectives et ils finiront par devenir amis.

Pour ce coup de poker étudié (les droits ont été acquis avant même la parution du roman), la Metro-Goldwyn-Mayer a tout fait pour garder le projet sous contrôle. Les réalisateurs Phil Lord et Chris Miller, auteurs du génial Tempête de Boulettes Géantes et co-showrunners de la série The Last Man on Earth (avec Will Forte) avaient au moins deux bons thèmes à explorer – la science et la solitude – pour se sentir chez eux sur le projet. Ryan Gosling avait déjà expérimenté l’espace en Neil Armstrong dans le très correct First Man de Damien Chazelle. Le scénariste Drew Goddard, ancien protégé de Joss Whedon, avait déjà scénarisé Seul sur Mars. Il est d’autant plus étonnant que Projet Dernière Chance bénéficie d’une certaine audace dans sa structure que n’avait pas son prédecesseur. L’aventure de Ryland se construit entre une série de flashbacks progressifs qui nous amènent à prendre connaissance des circonstances qui ont amené l’astronaute sur place. La longueur du film et cette structure éclatée auraient pu perdre facilement le spectateur, mais Lord et Miller misent sur l’humour pour maintenir le cap – malgré les passages obligés – jusqu’à la rencontre décisive. La vitesse de croisière s’amorce ensuite dans une dynamique de buddy movie qui ne laisse pas pour autant le côté dramatique de la situation de côté et offre de beaux moments d’émotion.

Projet Dernière Chance est une belle petite histoire. Un blockbuster optimiste et lumineux dans une époque qui ne l’est guère. Alors qu’on s’attendrait à voir célébrer la force alors que le contexte international s’y prête, il choisit de montrer une issue possible dans la collaboration scientifique de deux étrangers que tout oppose. L’isolement de l’espace est propice à ce rapprochement et il donne le « la » à une bromance innatendue, drôle et référentielle sans être lourde. La structure éclatée du film nous donne peu à peu la clé du comportement de fuite de l’antihéros Ryland Grace et il trouvera, comme dans tout bon parcours du héros, une occasion de changer pour quelqu’un d’autre et de mettre en application ce changement. Divertissant, émouvant, drôle et dépaysant, Projet Dernière Chance ne tutoie pas les cimes, mais il a tout ce qu’il faut pour passer un bon moment et se vider la tête, qu’on soit petit, adolescent ou même adulte. Un blockbuster qui regarde vers le ciel comme on aimerait en voir plus souvent.

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