Septembre est un mois bien rempli. A peine la trentième édition de l’Etrange Festival 2024 s’est-elle clôturée que nous voilà au FEFFS (Festival International du Film Fantastique de Strasbourg) pour une édition qui reprend des nouvelles pépites déjà vues au Forum des Images, parmi lesquelles Maldoror de Fabrice du Welz, Steppenwolf ou le sympathique Timestalker. De quoi aménager son planning festival pour découvrir de nouvelles choses, particulièrement dans une sélection « Cross Over » (comprendre tous les films de la sélection qui ne sont pas du fantastique) aussi audacieuse que l’an dernier. La présence d’un film du réalisateur espagnol Aritz Moreno dans cette sélection ne pouvait que titiller notre curiosité après l’excellente surprise de son premier long, le génial Les Avantages de Voyager en train. Moscas est une nouvelle comédie noire qui suit le quotidien de Luis Machi, parfait connard, entrepreneur dans l’immobilier satisfait et arrogant qui pense que tout lui est dû. Mais l’arrivée d’un cadavre son coffre un beau matin va venir saborder ses plans. Luis devra gérer seule cette situation et régler ses comptes avec son entourage, qui pourrait bien être à l’origine du mauvais coup. Mais trop certain de sa toute puissance, il va s’embarquer dans une croisade vengeresse maladroite et laisser derrière lui de bien méchantes traces.

Aux histoires éclatées de son premier film, Aritz Moreno préfère ici coller au point de vue de son anti-héros. Et il a bien raison. Ernest Altiero est à l’aise dans ses baskets. Il porte à merveille, physiquement et dans ses attitudes, ce personnage qu’on adore détester. Mais le réalisateur ne s’est pas pour autant départi de son talent pour croquer un grand nombre de personnages, tous dans la constellation de Machi, et qu’on découvre un peu plus au fil des chapitres. Moscas est une fable sociale dans laquelle les mouches collent aux cadavres mais peuvent aussi être ces humains « médiocres » que Machi observe avec mépris du haut de sa grande tour et dont il pense faire ce qu’il veut. Mais c’est avant tout une comédie qui bénéficie d’un grand savoir faire. Le comique de situation côtoie l’absurde, l’humour noir et le slapstick en bel équilibre dans une quête de vérité cousue de pas de côté et d’accidents malencontreux, tous orchestrés dans un beau sens du timing. Moins baroque et trash que Les avantages…, Moscas réserve quand même quelques beaux moments de partage en vrille qui contrastent bien avec un récit ancré dans le réel. En bref, ce deuxième essai donne encore plus envie de suivre ce troll d’espagnol dans la belle carrière qui s’amorce pour lui.

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