Steppenwolf – Dala Qasqyry

Loin des canons du cinéma Kazhak, Adilkhan Erjanov s’est construit une belle renommée dans les festivals français depuis The Owners (2014) et surtout la Tendre indifférence du monde (2014). L’Etrange festival a très vite mis en lumière les qualités de ses films, au point de proposer un focus sur son oeuvre en 2018. Il ne pouvait pas passer à côté d’une avant-première de Steppenwolf, déjà diffusé à Reims Polar et prévu en VOD pour début octobre. L’intrigue démarre au milieu d’une guerre civile qui laisse la place aux pilleurs. Au milieu du chaos, une femme traumatisée et atteinte d’un handicap mental se rend au commissariat pour signaler la disparition de son fils alors qu’il jouait à la balançoire. L’attaque des lieux la conduit à rencontrer celui qu’on appelle « le loup des steppes ». Ex flic spécialisé dans les méthodes de torture, le mercenaire voit dans le problème de la mère une aubaine pour éviter son exécution, et la mère voit en lui une aide précieuse. Leur quête les conduira à un réseau de trafic d’organes. Entre temps, ces deux personnages que tout oppose apprendront à découvrir l’autre, même si une rencontre ne suffit pas à guérir les blessures profondes que la vie a provoqué sur eux.

La première qualité de Steppenwolf est l’écriture des interactions de son duo principal. Le cabotinage désespéré de Berik Aitzhanov mène la danse. Il campe un cynique au dernier degré capable d’abattre n’importe qui de sang froid, un personnage qui aurait pu être un vilain sorti d’un western italien, d’un Tarantino ou d’un Mad Max. Mais le réalisateur et son acteur l’orientent vers une partition absurde qui le place sur le ton des antihéros jusqu’au boutiste des premiers films de Takeshi Kitano. Il se heurte au minimalisme du jeu d’Anna Starchenko dans une jauge permanente de l’un sur l’autre. Une sorte de choc des cultures entre un personnage de drame et un clown triste. Jamais Erjanov ne consent à les rapprocher complètement, se contentant de jouer cette partition jusqu’à abandonner tout espoir d’un happy-end commun. Pourtant chacun des deux déteint sur l’autre, faisant apparaître des blessures fatales pour l’un, révélant une force insoupçonnée pour l’autre. Le réalisateur déclare ouvertement son amour du western dans une reprise du plan de départ de la Prisonnière du désert de John Ford, une autre histoire d’enlèvement. Les étendues désertiques kazhakes ne sont pas Monument Valley, mais Erjanov sait les filmer avec l’ampleur qu’elles méritent. Steppenwolf offre sur toute sa durée des plans d’une grande beauté, des instants de cinéma qui imprègnent la rétine. Sous ses allures de film dépouillé, de road movie minimaliste, il porte en lui une portée émotionnelle insoupçonnée qui se révèle pleinement sur ses dernières minutes. Une belle découverte.

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