Timestalker

Du 3 au 15 septembre, L’Etrange Festival est de retour au Forum des Images pour sa 30ème édition. Une belle longévité pour un évènement qui a toujours su se poster à l’avant-garde des futures grands du cinéma et qui commence à gagner une certaine popularité dans des cercles « non initiés ». Du haut de ses 47 printemps, l’actrice / réalisatrice / scénariste Alice Lowe est au nombre de ces talents en plein essor. Elle nous avait épaté en femme amoureuse tueuse dans le méchant Touristes de Ben Wheatley. En 2016, elle se lançait dans la réalisation avec Prevenge, une comédie noire plutôt réussie où une femme enceinte (incarnée par la réalisatrice) est incitée par son foetus à tuer les meurtriers du papa. Son deuxième long Timestalker est la première belle surprise de cet Etrange Festival. On y suit dans différentes périodes historiques une femme (toujours la réalisatrice) qui tombe amoureuse du même homme à chacune de ses réincarnations. L’affiche peut laisser présager une comédie romantique rose bonbon à travers les âges, mais il faut bien regarder le titre et l’autrice.

Passée sous l’écriture d’Alice Lowe, l’histoire d’amour se transforme en une comédie noire caustique, un film résolument anglais sous la haute influence des Monty Python, qui dégage autant d’énergie que de mauvais goût. L’imagerie cinématographique de chaque époque traversée par l’héroïne et les seconds rôles (les personnages d’une époque à l’autre sont incarnés par les mêmes acteurs) n’est pas laissée au hasard. Elle évoque les représentations visuelles du passé lors des années 80, une époque qui a visiblement influencée la réalisatrice. Mais nous sommes loin de l’hommage « nostalgie » à cette époque qu’on peut voir dans Stranger Things ou le récent Maxxine. Ce choix d’imagerie, confirmé dans la dernière scène future fantasmé façon 80’s, donne une clé du film, une façon de repérer a priori le twist qui se profile. Timestalker fonctionne de cette façon, en comptant sur la participation ludique du spectateur, dans une approche qui rappelle un peu le Doctor Who Moffatien et les histoires de voyage temporels qui ont noyauté la littérature anglaise. En filigrane, Alice Lowe égratigne la dépendance amoureuse pathologique tout autant que son héroïne, qui rejoint dans ses vices les femmes hautes en couleur qu’elle a campées plus tôt dans sa carrière. Elle apporte aussi la vision résolument optimiste d’un futur plus égalitaire, une égalité pour laquelle chacun devra contribuer à part égale. Mais surtout, elle offre à Nick Frost (Shaun of the Dead) un de ses rôles les plus savoureux depuis un bon moment.

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