Friendship

Responsable marketing, Craig Waterman (Tim Robinson) vit une vie rangée entre son fils et sa femme en rémission d’un cancer, et il n’a pas envie d’en sortir. Lorsque sa femme le contraint à accepter une invitation de son nouveau voisin – le charismatique et aventureux Austin Carmichael (Paul Rudd) qui présente la météo sur la tévé locale – il s’attache à celui-ci à une vitesse qui le submerge. Au contact d’Austin, Craig découvre une liberté qu’il n’a jamais soupçonnée qui le rend incapable de juguler ses émotions. Après une soirée qui tourne mal avec les amis d’Austin, ce dernier décide de couper les ponts avec Craig. Devenu accroc à son nouvel ami, Craig ne compte pas le lâcher aussi facilement. Cet attachement sans limites menace de ruiner la vie d’Austin, de Craig et de sa famille.

Entré au Saturday Night Live en 2012, Tim Robinson est issu d’une promotion du show qui a moins brillée que ses prédécesseurs. Mais il ne passait déjà pas inaperçu de par son physique et le personnage qu’il créait par petites touches. Le comique incarne mieux que personne cet homme en apparence normal mais socialement inadapté qui créé la gêne dans les soirées et s’engonce malgré lui dans des situations qui font mal dont il ne peut plus sortir. A travers la sitcom Detroiters, puis la série de sketchs I think you should leave with Tim Robinson diffusée sur Netflix (élaborés avec son complice Zach Kanin), il a porté ce personnage à des sommets d’inconfort. A travers Frienship qui sonne les débuts à la réalisation filmique du réalisateur Andrew DeYoung, il fait passer à ce personnage l’épreuve du long-métrage. A la production, on retrouve A24 qui est de tous les bons coups. Il en résulte une comédie noire dérangeante, qui pousse les leviers du cringe au maximum mais qui a pourtant deux pieds dans notre réel. C’est cet ancrage dans les situations de tous les jours qui fait la force du scénario bourré de détails d’Andrew D. Young car Friendship fonctionne en sous-marin comme une satire des micro-nuisances quotidiennes qui rendent fou et des petites règles de convenance en société, comme le faisait à sa façon I Think You Should Leave.

Le personnage émotionnellement immature qu’incarne Tim Robinson, impressionné par le toujours très cool Paul Rudd (dans un personnage aussi cool que le Brian Fantana d’Anchorman) tombe à pieds joints dans les mécanismes que lui-même est chargé d’injecter à ses consommateurs-victimes. Cette illusion de liberté illimitée dérègle son métabolisme et détruit ses repères au point de détruire tout ce qu’il a construit. Tim Robinson est à la fois hilarant et troublant de sincérité dans sa descente aux enfers, et il assure d’autant plus qu’il est entouré d’acteurs qui – de par leur jeu modéré – mettent tous en valeur sa performance. Entre une Kate Mara qui sonne toujours juste (même quand elle parle d’orgasme dans des endroits inappropriés) et une poignée de seconds rôles plus anodins que nature, ce maniaque en puissance parvient à devenir un personnage attachant. Dans une réalisation inventive et immersive, il nous amène dans un voyage fait de répétitions et d’errances, à la structure improbable mais au fil rouge toujours limpide. Après la clique potache et jusquauboutiste d’Appatow et les caméras témoins d’Arrested Developement, The Office et Parks & Recreation, Friendship donne l’impression d’ouvrir une nouvelle époque de la comédie américaine. Un cocktail aux frontières incertaines entre l’humour, le malaise et le drame, qui trouve sa plus belle illustration dans la scène où les flics partent à la recherche de la femme de Craig disparue dans les souterrains de la ville. Un cocktail qui va un peu dans le sens de ce que proposait Andrew Daly avec Review. La prochaine pépite de et avec Tim Robinson, The Chair Company, est une série tout aussi recommandable qui arrive à la fin de sa première saison, et dont on vous parlera très bientôt.

Friendship est disponible à la demande sur Canal +

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