Stranger Things – Saison 5 Partie 1

Lorsqu’on se permet de revenir trois ans demie plus tard pour reprendre le cliffhanger d’une série, c’est qu’on est devenu le Maître des Clés de la chaîne. Un Maître des clés bicéphale – les frères Matt et Ross Duffer – qui prend le risque non négligeable de nous faire accepter, dans une série adolescente, que leurs héros ont vieilli de quatre ans, alors que neuf ans se sont écoulés depuis les débuts de la série. Ce hiatus de trois ans est dû, en partie, à la grève des scénaristes de 2023 qui a retardé l’écriture de cette saison 5. Entre temps, Millie Bobbie Brown / Eleven a encore pris du galon et Sadie Sink / Max lui emboîte le pas, ce qui a sans doute eu pour effet de contraindre un long planning de tournage qui s’est déroulé sur toute l’année 2024. Malgré le temps passé, on retrouve pourtant avec plaisir tout ce petit monde et en quelques minutes, on n’a aucune peine à revenir dans les deux faces de la ville d’Hawkins, un peu plus tard, durant l’automne 1987. Suite à l’ouverture des failles à la fin de la saison 4, la priorité du groupe est de retrouver Vecna et d’en finir. Mais le gouvernement a placé la ville en quarantaine militaire. Eleven est de nouveau traquée, forçant Hopper à redoubler de vigilance pour la protéger. L’approche de l’anniversaire de la disparition de Will donne le coup d’envoi de la bataille finale. Une bataille qui verra son déclencheur dans l’enlèvement d’Holly Wheeler, la petite soeur de Mike et Nancy. Kidnappée par un démogorgon, la gamine est emmené dans un autre monde par Henry, son ami imaginaire. Un monde dont l’entrée pourrait être un mur au sein de l’Upside Down, et l’antre d’un Vecna qui a maintenant jeté son dévolu sur tous les enfants de la ville.

La première partie de la saison 4 de Stranger Things a fait entrer la série dans une autre dimension, de divertissement porte-étendard du revival des années 80 à aventure épique empreinte de noirceur et d’une universalité qui lui a permis de toucher un public plus important. La réalisation de cette première partie de saison 5 est à la hauteur d’un budget encore une fois record (On parle de près de 500 millions de dollars pour l’ensemble de la saison), surtout si l’on devine que le plus gros est encore à venir. Pour l’épisode 3, les frères Duffer s’offrent même les services de Frank Darabont (Les Evadés, La ligne verte, The Mist), un gage d’exigence et de qualité à lui tout seul. Côté écriture, cette première partie de saison 5 en quatre épisodes applique de façon huilée et dynamique la même recette que la saison 4 : Des épisodes qui peuvent aller jusqu’à la durée d’un long-métrage, un découpage en plusieurs groupes de personnages en montage alterné et une jonction de toutes les intrigues parallèles en un climax bien bourrin. Elle le fait avec un certain brio. Les Duffer exploitent bien leur réservoir de personnages secondaires pour les mettre sur le devant de la scène et plantent de nouvelles graines, parmi lesquelles Holly Wheeler (recastée avec Nell Fisher, la gamine de Evil Dead Rise) le jeune Jake Connelly, irrésistible en gamin insupportable qui trouve un nouveau souffle avec la bande d’Hawkins ou bien le Dr.Kay, nouvelle scientifique tarée incarnée par Linda Hamilton.

Pour Will Byers, la fin d’un calvaire de 4 ans (et d’une poussée de croissance impressionnante)

La force de ce début de saison est de n’oublier aucun personnage et de mettre chacun des nombreux membres du groupe (comprenant Max, laissée dans le coma à la fin de la saison 4) à un niveau presque égal…Presque, car comme l’annonce la scène d’introduction, le centre de gravité de la série revient autour de Will Byers (Noah Schnapp). Revenir sur celui par qui tout a commencé, n’est-ce pas la meilleure façon de conclure ? C’est donc une lente progression sur quatre épisodes qui nous mène à l’épisode 4 Sorcerer, gros morceau de plus de 80 mn qui termine sur un beau massacre et la révélation du personnage, jusqu’ici l’élément le plus affaibli par son traumatisme et le plus timoré du groupe. Entre temps, la bonne idée aura été de le faire se rapprocher de la tornade Robin (Maya Hawke). Leur collaboration touchante permet à ce final temporaire de s’inscrire dans l’évolution logique du personnage de Will Byers. C’est une nouvelle fois l’aptitude des frères Duffer à viser des interactions stimulantes entre leurs personnages et à mélanger les jeunes adultes aux adolescents (et aux deux adultes du groupe) qui porte ce début de saison. Ils savent s’appuyer sur leurs personnages et les faire exister dans leurs interactions mutuelles, ce qui est la marque des meilleures séries, qu’elles soient des sitcoms ou des dramas. L’intrigue se suit naturellement, dans une atmosphère pourtant étouffante qui reprend les références à Hellraiser de la saison 4, en les mâtinant d’un sous-texte qui lorgne vers le Jeepers Creepers de Victor Salva. Un sous texte d’autant plus malsain que le monstre apparaît d’abord sous le visage d’un homme innoffensif et rassurant.

En résumé, même s’il est difficile de juger d’un bloc sur ses quatre premiers éléments, la qualité n’est pas retombée. On attend le deuxième bloc pour Noël et le grand final, qui sera un film de 2h diffusé en salles aux Etats-Unis et au Canada. Les français devront probablement se contenter de Netflix.

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