On connaissait l’espagnol Eduardo Casanova à travers les prometteurs Skins et La Pieta. Il nous revient avec une mini-série en trois épisodes devenus moyen métrage de moins d’une heure pour sa présentation en festivals. Le premier segment s’ouvre sur un Conseil de quatre soeurs vampires qui survivent avec peine alors que la peste noire contamine le sang des êtres humains. Les soeurs décident d’enfanter en séduisant un être humain qu’elles tueront ensuite, contre l’avis d’une d’entre elles qui est amoureuse de l’homme. Plusieurs siècles passent et leur descendante se retrouve confrontée aux mêmes problèmes alors que le SIDA se propage en Espagne. Elle devra lutter contre le silence millénaire qui oblige sa communauté à vivre recluse.

Eduardo Casanova pourrait en remontrer à beaucoup de réalisateurs en termes de montage et de rythme. En moins d’une heure, Silence nous présente une fresque sur deux générations encore plus dense et colorée que ses deux longs métrages. Lors des années 80, le vampirisme était souvent utilisé comme une métaphore des peurs liés au sang contaminé par le VIH. Le réalisateur renoue avec cette tradition, mais sans répéter ce qui a été fait auparavant. Il réinterprète le vampirisme en le fondant dans son univers provocateur et bariolé dans lequel les attermoiements poussifs sont absents. La mini-série sait mettre en valeurs ses quelques beaux décors et rentabiliser le temps imparti pour raconter son histoire. Ses images sont aussi directes que ses personnages et ses dialogues. Dans la veine des délires plastiques de La Pieta, il nous livre un clip surréaliste pour cérémonie de procréation et une version du futur pour le moins dépouillée. Pour sa partie 80’s, Casanova montre sans fausse pudeur l’effervescence des manifestations et la lutte d’une communauté pour être vue et soignée, rapprochant la problématique des homosexuels de celle de son héroïne vampire. Dans cette mise en avant de la reclusion et de l’intolérance à travers les âges, le réalisateur est optimiste et présente le silence comme un obstacle majeur surmontable. Son cinéma qui soulève un à un tous les tabous avec un sens comique décapant parle de lui-même.

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