Aucun autre Choix – 어쩔수가없다

Park Chan Wook a commencé à envisager d’adapter le roman « The Ax » (Le Couperet) de l’américain Donald E.Westlake à la fin des années 2000, et ce fut depuis une sorte de fil rouge jusqu’à un feu vert pour le tournage à l’été 2024. Soit 19 ans après la première adaptation ciné du roman par Costa Gavras en 2005, avec José Garcia. Le film de Gavras reste marquant, et le profond respect du réalisateur de Old Boy pour cette première adaptation se ressent bien sur les 2h20 de Aucun autre choix (le film est même dédié à Costa Gavras). Mais il accomplit un beau travail d’appropriation de l’intrigue et des personnages de « The Ax » et une mise à niveau signifiante au contexte de la Corée du Sud des années 2020.

Aucun Autre Choix est le parcours d’initiation au meurtre d’un cadre ingénieur d’une usine de papier. En l’espace d’une scène et de la vente de sa société aux américains, Yoo Man-soo passe du bonheur familial complet à la perte de son emploi. Le début d’un processus de déclassement social qui impacte fortement sa famille et remet en question sa position. Alors que d’autres réagiraient par la dépression et l’alcoolisme (et l’abandon de sa famille ? ), il décide de prendre sa vie en main et de procéder méthodiquement. Il postulera au seul poste qu’il peut encore avoir, dans la plus grande fabrique de papier de Corée du Nord, et il éliminera un à un tous les concurrents qui peuvent le surpasser dans cette rude compétition qu’est le marché de l’emploi. Cette route sera pour lui, tout sauf une ligne droite.

Le choix d’une narration linéaire avec un point de vue principal – pas si commun pour Park Chan Wook – nous permet d’aborder ce nouveau thriller teinté de comédie noire du réalisateur Sud-Coréen comme la réalisation d’un objectif. Bien qu’il soit exclu de l’univers professionnel, Yoo Man-soo est imprégné des codes du capitalisme qui innervent à la fois son mode de vie familial et ses schémas de pensée. En dépit du soutien de sa femme qui lui propose de vaincre cette épreuve ensemble, il refuse de céder sa position dominante, quitte à opérer un revirement radical sur ses choix moraux. Comme la formule du titre le dit, il n’a aucun autre choix. Le letmotiv qu’il se répète souvent lors du film, sert à (re)formater son cerveau pour le faire franchir de nouvelles étapes dans l’échelle alimentaire. La dernière étape, lors de la conclusion, est glaçante puisqu’elle implique de se couper totalement de l’être humain, car…il n’y’a pas d’autre choix. Mais Yoo Man-soo n’est pas un prédateur. Il est maladroit, un peu timoré, peu de sûr de lui (en dépit des apparences). Son adaptation à son nouveau milieu est l’occasion d’une succession de scènes absurdes à l’humour noir bien méchant qui donnent au film sa singularité par rapport au matériel d’origine.

Park Chan Wook sait toujours jongler d’une émotion à l’autre et composer des personnages forts et denses, qu’ils soient des premiers ou des seconds rôles. Le microcosme qui entoure Yoo Man-soo, chaque membre de sa famille et même ses proies, sont complets et réels. Ils ont tous leur propre histoire et permettent ainsi à chacun d’apporter sa partition pour former une oeuvre équilibrée (la fille autiste du héros, discrète, est un beau contrepoint au cynisme global). Mais il prend soin à ne jamais déborder dans un univers de fiction total. Aucun Autre Choix parle du monde dans lequel nous vivons, et particulièrement de la Corée du Sud qui a adopté sans réel esprit critique tous les préceptes du capitalisme nord américain, un système paradoxal dont les règles de base incitent à être un criminel, pourvu qu’on ne se fasse pas prendre. Le film est sinistre, mais il est plus frontal et acide, plus rythmé et dense que Mademoiselle ou Decision to Leave, et la musique le traverse avec le même panache que sa trilogie de la Vengeance. Avec plus de 30 ans de carrière au compteur, Park Chan Wook reste bien parmi les meilleurs metteurs en scène et les meilleurs conteurs de son époque, toutes nationalités confondues.

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