Scream 7

La production de Scream 7 fut un beau retour de bâton. A l’origine, Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett devaient encore le réaliser et il reprenait le fil de l’histoire des soeurs Carpenter introduite dans le 5ème volet. Mais il a suffi d’un tweet pro-Palestine de Melissa Barrera (Samantha Carpenter) jugé antisémite pour que Spyglass Entertainment renvoie l’actrice. Dans la foulée Jenna Ortega (Tara Carpenter) a quitté le navire, officiellement pour des raisons de planning, et les réalisateurs ont suivi. Bref, le noyau dûr du reboot nouvelle génération de 2022 n’est plus là et le sabordage de la franchise des producteurs est sabordé. Scream 7 était lui-même compromis si les vétérans de Scream n’avaient pas répondu à l’appel du fric proposé par la boîte de production. Neve Campbell reprend son rôle de Sydney qu’elle avait lâché à la fin du 5 et Courteney Cox rempile. Kevin Williamson reprend le siège de scénariste de la franchise qu’il a créée avec Wes Craven pour pondre entièrement une nouvelle histoire, qu’il va aussi réaliser.

Pour cette ré-écriture complète, le deuxième papa de Scream a un boulevard devant lui. Cela fait presque 30 ans que les évènements de Woodsboro ont eu lieu. Si on faisait resurgir l’ombre du tueur masqué pour un remake avec la fille de Sidney (Isabel May), qui aurait maintenant son âge ? Et si on faisait revenir un des tueurs du premier volet pour une confrontation nostalgique ? Pourquoi pas en profiter pour faire de ce volet une occasion pour Sydney de reprendre le contrôle de sa vie, elle qui en a été dépossédée par les erreurs de sa mère, par une succession de tueurs, par Hollywood (la série des Stab) et par les médias avides de True Crime ? Comment avoir une vie privée familiale lorsqu’on est Sydney Prescott ? Une final girl a t’elle un avenir, ou est-elle condamnée à revenir sur plusieurs générations, comme Jamie Lee Curtis PARCEQUE LES FANS EN VEULENT ENCORE ?

On a bien compris que ce volet est foncièrement hypocrite, car il suffirait de stopper la production au départ de la nouvelle génération pour que Ghostface soit remisé au placard et que Sidney vive heureuse avec ses filles et son flic de mari (Joel McHale, le Jeff Winger de Community). La fanbase se reporterait sans problème sur d’autres franchises. Mais ce roublard de Kevin Williamson a tout de même trouvé un angle intéressant que Neve Campbell soutient avec beaucoup de conviction dans ce septième volet. La relation que l’héroïne entretient avec sa fille, à qui elle a donné le prénom de sa meilleure amie morte dans le premier volet, est convaincante. La scène pivot du film, une alliance de la mère est de la fille contre le tueur par caméra de surveillance interposée, fonctionne car elle a été bien préparée. Williamson a su poser les bases de leur relation avec comme enjeu l’éducation de Tatum. Contrairement au personnage de Jamie Lee Curtis dans les derniers avatars d’Halloween, Sidney a su résoudre son trauma dans Scream 3, mais elle l’a fait en se fermant à son ancienne vie. L’enjeu est donc maintenant de transmettre à sa descendance timide et effacée la force qu’elle a acquise, qui permettra à Tatum de survivre dans l’univers de sa mère sans qu’elle ait à la protéger.

Kevin Williamson fait de la nostalgie le noeud de son whodunnit. Egalement de retour, le compositeur du premier volet Marco Beltrami, reprend presque intégralement les thèmes musicaux du premier Scream. Il est d’ailleurs assez cocasse qu’on nous rejoue telle quelle la scène de la fenêtre du premier volet qui avait été parodiée dans Scary Movie. Le Airbnb de la mort de la scène d’ouverture fait sourire. L’irruption de l’IA était prévisible, mais se révèle plutôt pertinente dans la démarche méta des Scream. En 2026, on peut très bien concevoir que les héritiers de Billy Loomis et de Stu Macher (les tueurs du premier volet) puissent utiliser des deepfake pour faire revivre d’anciens personnages qu’on ne peut plus faire sortir de la tombe. Ce Scream 7 a quelques bonnes idées scénaristiques qui justifient son existence, mais il est boursouflé par une écriture paresseuse. Le groupe d’amis de Tatum est composé de personnages non finis qui n’ont pour but que de donner des fausses pistes et de se faire charcuter les uns après les autres. Le retour des jumeaux neveus de Randy est le tribut à payer aux deux derniers volets, mais leur seule présence est un running gag pesant. Le personnage de Gale Weathers n’a pas évolué. Le mari de Sydney n’a aucun rôle dans l’intrigue qui justifie sa présence. Les tueurs sont parmi les plus ridicules de la franchise, et pourtant il y’a de la compétition. Tous ces éléments baclés contribuent à fictionnaliser l’histoire et à isoler Neve Campbell et Isabella May dans un îlot de réalité.

Enfin, la réalisation paraît brouillonne. Scénariste et showrunner correct (on lui doit Dawson, l’Ile de l’Etrange, Vampires Diaries…), Kevin Williamson n’a réalisé que Mrs Tingle il y’a près de 30 ans, un bon film de scénariste sans grande inspiration dans sa réalisation. Scream 7 est un peu du même calibre. Les scènes d’action sont souvent peu lisibles et la mise en scène sans grand relief. Ces nombreux défauts n’empêchent pas Scream 7 de se poser comme une une bonne fin de franchise qui corrige le tir des volets 5 et 6, tout en apportant une plus value, pourvu qu’on digère tout le gras autour. Et pourvu qu’il n’y ait plus de résurrection.

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