Orwell : 2+2=5

Après avoir fait le tour de nombreux festivals, Le documentaire Orwell : 2+2 = 5 du réalisateur haïtien Raoul Peck (ancien Ministre de la culture d’Haïti et Président de la FEMIS durant 9 ans) est sorti discrètement en salles le 25 février dernier. 76 ans après son décès, George Orwell reste toujours celui qui a su formaliser de la façon la plus lucide les mécanismes des régimes autoritaires. Dans son documentaire, Raoul Peck aborde bien sûr l’écriture de 1984 et les derniers mois de la vie d’Eric Blair / George Orwell, en parallèle à des éléments de sa vie qui expliquent son engagement : Son enfance en Inde dans une classe supérieure désargentée mais conservatrice, la honte de travailler pour le gouvernement, son engagement durant la guerre d’Espagne (conté dans son ouvrage Hommage à la Catalogne), sa désillusion envers le communisme soviétique (…). Mais ces éléments biographiques récurrents ne servent qu’à ponctuer la véritable vocation du documentaire, qui est de tisser des liens entre l’actualité récente et les concepts développés dans 1984.  

Narré par la voix de Damian Lewis (Homeland) en George Orwell, Orwell : 2+2 = 5 trouve sa structure dans les slogans du parti du roman : « La Guerre, c’est la paix », « La Liberté c’est l’esclavage », « L’ignorance c’est la force », le concept de novlangue, la surveillance, la minute de la Haine (…) pour démontrer leur vérité dans notre Histoire (particulièrement au milieu du XXe, lorsque l’ouvrage fut écrit) et leur résurgence à notre époque. Le fameux 2+2 = 5 , la destruction de la vérité objective pour imposer la vérité de Big Brother étant le but suprême de cette mauvaise comédie. Il n’y a pas besoin de plus d’images pour nous faire prendre conscience que les conditions actuelles sont de plus en plus propices à ce que notre monde devienne un patchwork de régimes totalitaires qui annihilent nos libertés, définissent leur propre vérité et s’affrontent pour entretenir l’unité de leur population. Ce documentaire forme une synthèse solide de tous les ressentis que pourraient avoir les lecteurs du livre. On a parfois l’impression d’être à un concert de Massive Attack, tant l’effet cumulatif est déprimant (évitez d’emporter une corde à la projection !), mais Raoul Peck prend habilement le contrepoids pour revenir de temps à autre aux épisodes plus intimes de la vie de l’auteur. Orwell : 2+2 = 5 peut être vu comme un documentaire d’horreur d’utilité publique qui sait donner les bonnes clés pour penser les outils de domination et éviter le remplacement de la vérité objective par de multiples vérités d’Etat au service des pouvoirs. On en sort avec la conviction qu’il y’a urgence à enseigner 1984 dans toutes les écoles.

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