Father Ted est une sitcom sur trois prêtres catholiques qui vivent dans une île paumée de la côté ouest irlandaise. Là je vous ai probablement perdus et cet article rejoindra le panthéon des articles à zéro clic du blog. C’est un tort, car sous ce pitch savamment répulsif se dissimule la meilleure sitcom irlandaise à avoir jamais été produite par les britanniques.
Le père Ted Crilly (Dermot Morgan) est un homme décent, sans talent, et qui n’a pas l’ambition de son secteur. Il serait plutôt du genre à préférer l’argent et des vacances à Las Vegas à une carrière d’évêque, ou un bouquin de Stephen King à la bible. Tombé en disgrâce aux yeux de l’évêque Brennan suite à une obscure affaire d’argent sur son compte (on n’en saura pas plus), il a été placardisé à Craggy Island, une île fictive paumée sur la côte ouest irlandaise (c’est bien, vous suivez) où il partage une petite maison avec les pères Dougall Maguire et Jack Hackett et leur gouvernante Mrs. Doyle.
Father Ted raconte la vie en commun des trois prêtres, avec les paroissiens locaux et de façon plus large, avec les autres prêtres et nonnes qui entourent l’île. Un épisode voit généralement Ted faire face à une situation embarrassante que ses colocataires ou lui-même ont provoqué et il devra se sortir de cette situation, pas toujours de la façon la plus catholique et généralement pas la meilleure pour son intérêt. Mais Ted Crilly a un bon fond, et acceptant bon gré, mal gré son exil, il passe avec endurance au problème suivant et il encaisse toute cette gêne.

Son compagnon le plus proche est le père Dougal McGuire, un jeune prêtre dont on ne sait pas trop ce qu’il vient faire là, et lui non plus d’ailleurs. Dougall est un peu simplet et régulièrement confus lorsque Ted lui parle comme s’il s’adressait à un adulte. Dougall ne connaît que le premier degré, est très mauvais pour décoder les expressions et il souffre d’un manque total de mémoire. Les créateurs/scénaristes de la série Graham Linehan et Arthur Matthews ont trouvé en Ardal O’Hanlon l’incarnation parfaite du personnage. Il porte dans ses moindres gestes et expressions la charge de celui qui est constamment à la traîne, tout en ne perdant jamais son enthousiasme. Ted le prend naturellement sous son aile et il s’évertue à lui apprendre des choses (comme la différence entre le rêve et la réalité) qu’il devra sans cesse lui réapprendre, dans un rapport touchant, et avec une exaspération un peu fausse, car Ted aime être celui qui apprend aux autres.

Le troisième membre du trio, le père Jack Hackett, est un alcoolique au dernier degré qui boit tout ce qu’il peut trouver et dont le langage ne dépasse pas les mots exprimant ses centres d’intérêts : Girls, Feck, Arse et Drink. Particulièrement irrascible et intenable en public, Hackett pourrait avoir des milliers de raisons d’avoir été exilé sur Craggy Island. Il occupe l’espace comme un être malfaisant, sa déliquescence physique assumée au fil des épisodes se matérialisant par un maquillage répugnant. Tellement hideux que l’acteur Frank Kelly ne trouvait personne pour manger avec lui sur le plateau. Ted et Dougall semblent s’être accoutumés à la présence de cet être abject et à toutes la tâches (et précautions de protection) que sa simple présence impose. Ils sont bien aidés par la seule femme des lieux, la gouvernante Mrs. Doyle.

Mrs.Doyle est la traditionnelle « Bonne du curé » qui a autrefois été mariée, mais qui consacre maintenant sa vie aux trois prêtres de Craggy Island. Mrs.Doyle est dévouée, obséquieuse et elle est d’une grande gentillesse, tellement gentille qu’elle n’arrêtera jamais de vous proposer du thé tant que vous n’aurez pas accepté. Elle ne vous laissera pas non plus payer, quitte à provoquer une rixe qui la conduit en prison.

L’idiot, l’alcoolique, la gentille pathologique. Avec ces personnages aux comportements jusqu’au-boutistes et unidimensionnels, Graham Linehan et Arthur Mathews jouent le jeu des stéréotypes de l’Irlande profonde tels que pourrait les voir les britanniques. Ils le font dans de telles extrémités, avec tellement de méchanceté et dans un humour de répétition si bien dosé que certaines scènes confinent au génie. La population locale de Craggy Island n’est pas non plus composée de foudres de guerre, et la haute bourgeoisie comme le progrès semble vouloir bouder l’île. On peut le voir dès le pilote lors d’une fête paroissiale montée avec les moyens du bord et qui révèle des attractions d’un certain mauvais goût.
Mais à mesure que les épisodes progressent, les locaux perdent un peu de terrain au regard des intrigues rassemblant la congrégation des prêtres. Ted, Dougall et Jack ne semblent pas s’intéresser outre mesure à leurs sermons ou, de façon profonde, à la religion. Ils semblent être venus à la prêtrise comme on choisit d’être fonctionnaire, et leur obéissance se mesure à leur crainte de l’évêque Brennan. De la même façon, la congrégation des prêtres est présentée comme une sorte de confrérie qui organisent des jeux entre eux, des concours, qui parlent de leurs années en commun au séminaire. Une caste un peu hors du monde et peuplée d’êtres étranges, tout aussi jusqu’auboutistes.

Ted s’est trouvé un rival avec le père Dick Byrne, sorte de reflet de lui-même qui vit aussi avec un idiot et un alcoolique, et avec qui il est régulièrement en compétition sur les trois saisons de la série (prêtres sosies, eurovision 1998 etc…). Outre ce fil rouge, on découvre à travers ces trois saisons une constellation de prêtres de tous caractères, le favori de l’auteur de ces lignes étant le père Noël Furlong (interprété par le célèbre Graham Norton), un hyperactif dont l’énergie ouvrirait les portes de l’enfer.
Une autre particularité de la série est l’utilisation de la culture populaire, qu’elle soit ou non à bon escient. Craggy Island a beau être déconnectée du monde, Ted est quelqu’un de très connecté. Il lit la littérature de son temps, connaît la musique des 90’s (même s’il est très critique à son égard) et il ne rate pas une occasion de discuter de culture. Dans Father Ted, on parle de Snoop Dogg, de jungle, on peut entendre du Radio Head et on chante du Queen. La musique du générique est elle-même composée par Neal Hannon de The Divine Comedy. Les créateurs de la série sont à leur top lorsqu’ils pastichent les grands hits du cinéma (Speed, La nuit des morts vivants).
Father Ted est de ces séries qui se bonifient avec les épisodes. La première saison est très sympathique, la seconde encore meilleure et la troisième est un âge d’or, l’épisode de Noël A Christmassy Ted qui conclue la deuxième saison – une véritable perle – étant un peu à part. Arthur Mathews et Graham Linehan n’ont jamais envisagé poursuivre la série après la saison 3, qui est un bon point final. Et il n’y a jamais eu de réunion des acteurs de la série. La raison en est que Dermot Morgan est décédé subitement le lendemain du tournage du dernier épisode de cette dernière saison. Il nous a laissé 25 épisodes débordant d’humour qu’on ne se lasse pas de revoir, même près de trois décennies plus tard.
5 épisodes à

1.06 – Grant Unto Him Eternal Rest
2.10 – Flight into Terror
Christmas Special – A Christmassy Ted
3.03 – Speed 3
3.07 – Night of the Nearly Dead

Father Ted est disponible dans son intégralité en Version Originale ST anglais dans ce beau coffret DVD
Vous pouvez aussi les voir sur The Internet Archives, sans sous-titres


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