The Drama

Le prix du film le plus mal vendu de l’année peut déjà être attribué à The Drama, la nouvelle comédie de couple avec Zendaya et Robert Pattinson. Il aura fallu une bonne semaine pour que l’auteur de cet article remarque le nom de Kristoffer Borgli sur l’affiche, avant de s’exclamer « hein?! ». Il aurait pu se renseigner un peu plus, mais bien peu de choses dans cette bande-annonce un peu passe-partout ne laissait présager que le réalisateur norvégien qui avait pondu le génial Dream Scenario (notre film de l’année en 2023) et le dérangeant Sick of Myself était derrière l’objet. Le choix du couple de stars devenait alors nettement plus intéressant, car Borgli et la société de production A24 (+ Ari Aster, une nouvelle fois à la co-production) ne pouvaient pas réunir Zendaya et Pattinson sans quelques arrières pensées. The Drama n’est pas aussi rentre-dedans et dégueulasse que Sick of Myself, mais c’est ce qui le rend plus réel. Un effet de réalité encore amplifié par la réalisation toute en proximité de Borgli, la familiarité avec les deux comédiens, et une introduction prise comme une bouffée de comédie romantique revisitée de façon moderne – à la bobo. Cette histoire de couple qui pourrait se passer en bas de chez nous est tout à coup bouleversée par une révélation lors de la préparation du mariage qui vient plonger le couple idéal dans un abîme d’incertitude et de paranoïa.

A partir de cette révélation – seule idée du film – le réalisateur passe la tête de ses héros sous l’eau et la communication se rompt. La pression sociale fissure la confiance et pervertit tous les moments classiques de la préparation du mariage. Borgli s’amuse des doubles sens et des piques d’humour noir qu’il assène au personnage incarné par Robert Pattinson – pauvre homme rattrapé par le passé de sa belle qui tente par tous les moyens de sortir du cauchemar social qu’il subit. Le montage confond le réel et les images mentales des personnages. En bon nordique, il fait ressortir les angoisses et augmente l’inconfort du spectateur. Borgli aurait pu verser dans la facilité en excusant l’erreur, mais en décidant de ne pas trop victimiser la femme, il brouille encore plus les repères. La clé de la sortie de crise est pourtant devant nous, dans la dissociation physique opérée sur le personnage en cause. De l’enfant mal dans sa peau à la femme incarnée par Zendaya, il y’a un monde. Le défi du mari sera, malgré le jugement des autres, de retrouver la femme qu’il a abordé dans ce café à leur première rencontre et d’oublier cette enfant qui appartient au passé. Le prix à payer est une catastrophe sociale qui se précise à mesure que le film avance et que l’histoire tombe dans le grotesque.

The Drama est un film de mariage corrompu qui utilise les ressorts de la comédie romantique pour leur tordre le cou, car au final, qu’est-ce que le romantisme devant une réalité du paraître omniprésente ? La confiance est-elle encore possible à l’époque du jugement ? Jusqu’où peut-on condamner quelqu’un sur un épisode de sa vie ? Kristoffer Borgli avait déjà fustigé l’individualisme au sein du couple dans Sick of Myself. Ici, il sort le glamour de Pattinson et Zendaya pour présenter deux personnages faillibles qui devront plonger dans un gouffre pour se retrouver. Mais son film ne souffre pas d’un excès de cynisme car il est bien trop clairvoyant, drôle, et bien exécuté pour sortir complètement de son cadre. Le montage de Kristoffer Borgli et Joshua Raymon Lee, bourré de bonnes idées, confère un dynamisme réjouissant à l’ensemble. On est pas au niveau de Dream Scenario, mais on aimerait voir bien plus souvent de grosses stars sur des idées aussi inconfortables développées de façon aussi brillante. Kristoffer Borgli se pose de plus en plus à Hollywood, et Hollywood avait bien besoin de ça.

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