La Bataille de Gaulle – Partie 2 : J’écris ton Nom

J’écris ton nom est le titre d’un poème de Paul Eluard, simple dans sa forme, mais particulièrement fort puisqu’écrit en 1942, au cœur de la France occupée. Le nom en question est Liberté, un mot qui n’est plus qu’un concept, une idée, dans la France Occupée du début de ce deuxième volet de La Bataille de Gaulle. Mais cette idée semée par la France Libre s’est développée jusqu’à devenir une obsession. Elle inspire déjà de nombreuses personnes. Elle va guider les résistants, parfois jusqu’à leur mort, inspirer les combattants français, être récupérée politiquement, mais au final, elle reviendra innerver la France dans une conclusion aussi puissante que lyrique. Nous connaissons déjà cette Histoire, mais il est grisant de la voir s’incarner dans un film qui ne soit pas juste une illustration historique. Le deuxième volet du film d’Antonin Baudry respire et suinte de ce besoin de liberté, et lorsqu’en conclusion, les mots simples d’Eluard résonnent pour nous comme ils auraient pu résonner à la libération, on peut se dire qu’on se trouve devant un très bon film qui a fait plus que son boulot.

Ce second film du diptyque reprend peu après les évènements du premier. Comme on pouvait s’en douter, l’assassinat de l’amiral Darlan (Matthieu Kassovitz) par le jeune Fernand Bonnier de la Chapelle n’a pas servi les intérêts du général De Gaulle. Les américains ont placé leur nouvel homme, le général Giraud (Thierry Lhermitte) en Afrique Française du Nord, nouveau QG de la France « Alliée ». De Gaulle est ostracisé, mais les avancées des réseaux de résistants français, portés par l’initiative de Jean Moulin aka « Rex » (Félix Kysyl) de fédérer les partis politiques autour de la France Combattante (nouveau nom de la France Libre, qui fédère les forces de la Résistance et des armées de De Gaulle), l’aident à trouver la force d’accepter l’invitation à Alger des anglais. Le Président Roosevelt l’attend là-bas pour l’intimider, puis le faire se coucher devant Giraud par un coup politique qu’il n’a pas vu venir. Pendant ce temps, le nouvellement général Leclerc (Niels Schneider) et ses hommes se font une réputation avec une victoire en Afrique contre un escadron de 90 panzers allemands, forçant les britanniques et les américains à composer de nouveau avec la France Libre de De Gaulle.

La Bataille de Gaulle – Partie 1 : L’ Age de Fer présentait comment un homme était arrivé à faire admettre aux anglais et aux américains – en dépit de la réalité politique – l’idée que la France était invaincue et toujours du côté des Alliés. J’écris ton Nom passe directement une vitesse, forte de la très bonne introduction qu’était ce premier film. L’idée d’une France Libre est communément admise, et de faux « Don Quichottes » emboitent le pas du général de Gaulle, comme autant d’hommes de paille des américains pour préparer l’Après-Guerre. Les discussions animées entre De Gaulle et Churchill ne sont plus au menu. Place aux intrigues politiciennes et autres coups tordus qui sortent plus d’une fois notre protagoniste de sa zone de confort, et lui apprennent à composer en politique.

Le De Gaulle de Simon Abkarian (toujours aussi bluffant) apprend de ses erreurs et on aime les subtilités qui viennent s’insérer dans le jeu stoïque du comédien (un petit sourire en coin en dit long), comme on apprécie les moments où le Général De Gaulle fait pencher le vent en sa faveur en dépit des mauvaises augures (Le « détournement » de Jean Monet en séance est un moment délicieux). Antonin Baudry décrit un Roosevelt conquérant qui entend bien gagner un dividende de la déconstruction de l’Europe, comme un prélude aux pratiques que les Etats-Unis mettraient en place lors de la Guerre Froide. La France Libre de De Gaulle est isolée sans l’aide d’une Angleterre frileuse, et elle le sera jusqu’à l’avancée des troupes du Général Leclerc vers Paris, un coup décisif qui fait office de dernière carte à jouer. Antonin Beaudry assume heureusement de mettre au centre de son film cet affrontement larvé entre la France Combattante et les Etats-Unis qui trouve un écho (peut-être à dessein ?) dans la situation actuelle de l’Europe face à Donald Trump et aux géants de la tech américaine.

Mais ce fil rouge politique est loin de résumer J’écris Ton Nom. Délesté du montage alterné du premier volet, le film devient lui-même plus libre et raconte son histoire à sa façon, voguant d’un lieu à l’autre et d’un genre à l’autre avec une fluidité épatante. Le gap entre le premier volet et le second en terme de puissance est matérialisé par le changement de compositeur. Dès les premières minutes, la musique de Théo Cascio joue sur un registre nettement plus martial et lyrique que celle de Volker Bertelmann sur l’Age de Fer. La réalisation multiplie les poses icôniques et images marquantes de ses protagonistes, sans toutefois abandonner une certaine finesse dans l’écriture. En mettant le général De Gaulle un peu plus en retrait, d’autres noms peuvent se faire une place. En premier lieu, le général Leclerc campé par un Niels Schneider qui trouve son heure dans une bataille africaine immersive et détonnante qui supplante sans peine la Bataille de Bir Hakeim du premier volet. On peut aussi saluer la performance de Félix Kysyl, qui insuffle un charisme tranquille, mais déterminé, à un Jean Moulin cerné chargé de rassembler les partis en un Conseil de la Résistance en dépit de graves divisions politiques internes. Héritière d’un des seuls rôles fictifs qui fait l’amalgame de plusieurs figures de résistantes, Anamaria Vartolomei s’en sort aussi avec les honneurs.

On pourrait énumérer tant d’autres moments forts de ce deuxième volet qui nous ont fait oublier instantanément les petits arrangements pris avec l’Histoire. Le souffle que possède J’écris ton Nom, ainsi que ses personnages, nous portent du début à la fin. On voit très bien que le but de ce film n’est pas de redonner foi en la politique, ni même de doper une fièvre nationaliste et/ou anti-Européaniste (bien au contraire), mais de rappeler les valeurs qui ont conduit des français humiliés et à terre à ne jamais se considérer vaincus. Rien n’est perdu d’avance même dans la pire des configurations, et il est toujours temps de s’en souvenir. On espère que vous irez nombreux voir La Bataille de Gaulle en salles, pas seulement pour échapper à la canicule, mais aussi pour vivre cette fresque singulière qui est aussi la nôtre dans les meilleures conditions.

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