
Après trois ans de purgatoire après que la Warner Bros/HBO Max l’ait annulé en fin de production pour obtenir un abattement fiscal, Coyote vs.Acme est enfin sorti le 27 août dernier aux USA, mais il n’a toujours pas de sortie française prévue. Le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) 2026 s’est ouvert ce 25 septembre sur un beau cadeau en nous offrant une avant-première française du film.

Basé sur un article de Ian Frazier paru en 1990 dans le journal The New Yorker, le film démarre sur les déboires de Vill E. Coyote, le célèbre coyote des Looney Tunes qui poursuit éternellement le même but d’attraper le véloce Road Runner « beep beep ». Chacune de ses tentatives dans les cartoons se terminait par une catastrophe et un lot de souffrances, très souvent provoqué par le matériel défectueux qu’il utilisait. Ce matériel provient de l’entreprise Acme qui a une position de monopole chez les Looney Tones (c’est facile, on la voit dans presque tous les cartoons). Las de remplir des réclamations, le Coyote se présente chez un de ces avocats qu’on voit partout sur les grands panneaux publicitaires aux USA. L’avocat Kevin Avery (Will Forte) est un partisan du moindre effort, mais la ruse de Coyote l’oblige à s’embarquer – à son corps défendant – dans une lourde procédure qui vise à mettre en lumière que tous les produits d’Acme sont défectueux. Avery ne sait plus comment sortir de cette situation, entre les propositions aggressives de négociations de l’avocat star de la firme (John Cena), les plans secrets de son client, les projecteurs médiatiques et l’enthousiasme de sa nouvelle recrue (Lana Condor), une idéaliste. Mais à mesure qu’il avance, un programme d’Acme nommé Projet Sysyphe est déterré, et l’exposer plubliquement pourrait coûter très cher à la firme.

On peut remercier chausement Ketchup Entertainment d’avoir sauvé Coyote vs.Acme des abîmes auxquels il était destiné faute de distributeur. Le film du réalisateur Dave Green est à la fois un bonheur pour tout nostalgique des looney tunes, un vrai bon thriller paranoïaque, un beau récit initiaque et un film hybride animation / prises de vue réelles à ranger aux côtés Qui veut la peau de Roger Rabbit ? et Les looney tunes passent à l’action. Il est ironique que le film qui a été bazardé par Warner offre un miroir sur la toute-puissance des grandes entreprises Etatsuniennes, de leur mépris de la loi et des consommateurs. Coyote vs.Acme est avant tout une comédie, mais elle est amère. Les scénaristes Samy Burch, Jeremy Slater et James Gunn (oui, le James Gunn qui officie maintenant pour DC) en ont fait un film judiciaire pipé, un David contre Goliath un dans un pays où David ne gagne jamais vraiment, mais sans jamais lui retirer sa bonhommie et son optimisme. Au milieu des toons, Will « MacGruber » Forte est comme un poisson dans l’eau. Son chemin vers une forme de rédemption est émouvant. John Cena fait bien le boulot, comme à son habitude depuis Peacemaker.

Dans son hybridité, la dynamique de Coyote Vs. Acme tend nettement plus vers le cartoon que vers le live car, si on veut nous mener dans un monde où les looney tunes cohabitent avec les humains, le rythme effréné du film, ses idées visuelles, son absence de palabres et le dynamisme que les toons y apportent le transportent dans le monde de Chuck Jones bien plus que dans le nôtre. Vill E. Coyote est on fire. mène la danse sur toute la première partie, épicant chaque moment obligé par une trouvaille qu’il sort de son chapeau. Le personnage n’avait été sorti que très rarement de son écosystème où il poursuivait inlassablement le road runner. Cette aventure lui offre un nouveau terrain de jeu où il peut rester lui même, sans abandonner son obsession. Muet, il s’exprime toujours avec des panneaux (en nombre limité ! ) et il utilise la ruse pour arriver à ses fins. Face au géant qu’il attaque, serait-il devenu le gentil ? Rien n’est moins sûr, mais on ne vous spoilera pas le film plus loin. Il comporte son lot de twists et de surprises. On appréciera les retours de Bugs Bunny, Daffy Duck, Titi, Sylvestre et surtout le Dr. Lorre, savant fou des Looney Tunes hommage à l’acteur Peter Lorre qui occupe ici un rôle clé. Ce scénario respire l’amour de tous ces cartoons. Il joue avec leurs codes et avec notre connaissance dans une interactivité qui donne le sourire. Et que dire de la cinglante apparition de beep beep au terme de toute cette entreprise et des quelques mots qu’il adresse à son prédateur malheureux ?
Vivement une vraie date de sortie française !


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