
Le nouveau film d’Alejandro González Iñárritu démarre avec un carton de l’équipe du film qui enjoint le spectateur à ne pas le spoiler sur le web et les réseaux sociaux. L’avertissement a son sens de par l’importance que revêtent les deux twists qui structurent Digger, alors nous ferons de notre mieux pour rester vague.

En apparence, Digger est l’histoire d’un vieux nabab du pétrole interprété avec dynamisme et une inspiration certaine par un Tom Cruise qui a enfin décidé de faire son âge. L’Homme a autorisé une « opération » d’extraction qui a fait un gros « BOOM », libérant un glacier qui menace de provoquer une catastrophe sur le continent européen. Tout le staff des Etats Unis d’Amérique est sur le pied de guerre pour gérer la crise. Pas pour l’arrêter, mais pour produire un narratif qui pourra dédouaner Digger et les Etats-Unis d’Amérique. Nous voilà donc dans une version moderne et écolo du Docteur Follamour de Stanley Kubrick, avec un moins d’inspiration et de talent que l’original, mais qui fait le travail. Avec Tom Cruise, John Goodman et Riz Ahmed en leaders, et quelques bonnes têtes (dont Michael Stuhlbarg et Sandra Hüller) en arrière-plan. A une époque où la satire devient impossible car la réalité est bien plus satirique encore, la représentation permanente de ce casting ressemble beaucoup à ce qu’on voit sur les chaînes infos…jusqu’au premier twist.

Peut-être par une trop grande confiance en lui ou en son public, Iñárritu a choisi de laisser pour encore (beaucoup) plus tard une autre révélation qui change complètement la lecture du film et la portée de son propos. Entre ces deux révélations, il laisse le spectateur dans une zone intermédiaire désagréable qui laisse un sentiment d’attente dans le meilleur des cas, et dans le pire, le sort complètement du film. Le réalisateur profite pourtant de cette partie pour balancer – lors d’un plan séquence étudié – une charge contre le monde actuel et les responsables du désastre écologique qui s’annonce. Au moment où elle est exposée, elle se trouve réduite à un Tom Cruise show un peu grotesque et un plaidoyer « écolo » de plus dans un monde qui n’en a pas vraiment grand chose à faire. Lorsque le générique final pointe le bout de son nez, elle s’est gorgée d’un tout autre sens.

On n’aurait pas soupçonné qu’ Iñárritu – grand spécialiste du récit déprimant – puisse produire une comédie, et c’est vrai que Digger n’en est pas vraiment une. C’est une fausse comédie noire, un clown triste qui ne s’annonce que dans son dernier quart. Un film “visionnaire” dans le sens propre du terme (pas le sens galvaudé des affiches), de celui du film qui s’annonce lui-même, qui tente de figurer comment les générations suivantes représenteront notre époque et les gens qui y ont vécu.
Une telle idée est suffisamment forte qu’elle pourrait tenir tout un film, pourvu qu’on ait tout le contexte. Il est dommage que le réalisateur ne s’en soit servi qu’à des fins de suspens, pour enfoncer son clou avec satisfaction et sans grand impact. En l’état, le résultat vaut le coup d’oeil, mais il aurait pu être bien meilleur sans tous ces artifices. Comme il semble l’annoncer, Digger gagnera probablement – et malheureusement – du public avec les années.


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