
En 2021, nous avions tenu le pari que la saison 18 d’ It’s Always Sunny in Philadelphia – dernière saison du lot commandée par la chaîne FXX en 2020- serait tout aussi inspirée que la 15ème. Nous voilà en 2026, et ce pari est gagné haut-la-main. Ces trois dernières années, la sitcom américaine à la plus grande longévité n’a jamais accusé une baisse de régime. C’est donc en riant à gorge déployée que nous avons pu suivre cette fournée de dix épisodes, deux de plus qu’à l’ordinaire (Nous n’avons pas eu autant d’épisodes depuis la saison 14 !). La première partie de cette saison 18 de Sunny est un sans-faute, suivi par un petit ventre mou pas déshonorable et une belle remontée finale sur un dernier épisode somme qui nous offre tout ce qui fait que nous avons autant besoin de Dee (Kaitlin Olson), Dennis (Glenn Hoverton), Mac (Rob Mac), Charlie (Charlie Day), Frank Reynolds (Danny DeVito) et tous les tarés qui leur gravitent autour.

La saison s’ouvre sur un double épisode qui est haut la main le gros morceau de cette saison. Nous avions laissé la bande du Paddy’s Pub à l’aube d’un jour nouveau pour Frank Reynolds (Danny DeVito) qui semblait avoir rencontré l’âme soeur en la personne de Sam (Carole Kane) après sa participation mouvementée à l’émission The Golden Bachelor. On se souvient de cette incursion finale inhabituelle dans la comédie romantique, mais autant vendre tout de suite la mèche, la pauvre Sam ne passera pas un nouvel épisode. Dans le premier épisode au titre explicite Frank Marries a Corpse (18-01), Frank est très mal en point pour son mariage, et Sam n’est pas dans un meilleur état. Pour cause, les deux ont fait l’amour la veille dans des eaux stagnantes et ont chopé une bactérie très agressive. Dee prépare le mariage avec les pires demoiselles d’honneur existantes (Artemis, Gail the Snail et la Serveuse) et en profite pour se garantir avec un contrat car sa future belle-mère lui a promis qu’elle hériterait de sa fortune une fois mariée avec Frank. Sam a promis la même chose à Dennis. Mais la bactérie la laisse morte avant qu’elle n’ait pu aller jusqu’à l’autel, pourtant la condition pour que les jumeaux héritent. Dee et Dennis n’ont donc pas d’autre choix que de traîner le cadavre à la cérémonie et de valider le mariage avant que quiconque ne se rende compte qu’elle n’est plus qu’un corps sans vie. On vous laisse deviner la suite, et soyez assurés que le résultat dépasse toutes les espérances en terme de mauvais goût.

A peine remis de la scène WTF qui conclut le premier épisode, Dennis & Dee don’t get rich (18-02) démarre sur les préparatifs d’un double enterrement : Le premier concerne donc Sam – qui a eu le malheur de connaître Frank Reynolds- et le second concerne Bonnie, la mère de Charlie (suite au décès l’actrice qui l’incarne Lynne Marie Stewart). Venus chercher conseil auprès du toujours perturbant oncle Jack, Dennis et Dee découvrent que le pactole qu’ils comptaient toucher n’est pas encore garanti. Ils devront voler le pouce de la défunte à la morgue pour avoir son empreinte sur le contrat de mariage. Pressés de quitter leurs camarades prolos qu’ils arrosent de leur mépris, les jumeaux Reynolds ne se doutent pas que leur course à l’héritage est vouée à l’échec. Mac oeuvre quand à lui à trouver un nouvel abri pour sa mère, Charlie ayant dû vendre la maison qu’elle partageait avec Bonnie pour payer les festivités et la parade des funérailles. C’est une belle occasion de sortir de prison pour le père de Mac, qui a ourdi un plan qui implique de prendre la place de son frère pendant la permission qui lui est accordée. L’épisode s’achève dans une parade nonsensique, à la fois un bel hommage à l’actrice qui incarna Bonnie et un condensé de mauvais goût qui concurrence l’épisode précédent.

L’Oncle Jack (Andrew Friedman) et sa marionnette
Un autre gros morceau de cette saison 18 est l’épisode The Gang Goes to the Ren Faire (18-05) où la bande du Paddy’s Pub se rend à une fête de la renaissance peuplée de rôlistes et cosplayeurs sur le territoire de la famille McPoyle. L’épisode est l’occasion de voir le réalisateur Guillermo Del Toro revenir sous les traits de Pappy McPoyle qu’il avait incarné dans l’incroyable McPoyle vs Ponderosa : The Trial of The Century (11-06). Il s’oppose à un Frank Reynolds qui a en tête d’acquérir le terrain pour héberger des datacenters et l’affaire se réglera par un duel de circonstance. Le retour des McPoyle est comme toujours réjouissant, mais l’épisode vaut aussi pour la représentation hilarante de la Ren Faire, les difficultés de Dennis à se dépétrer d’une situation humiliante, les efforts de Charlie pour devenir un barde et les trésors d’ingéniosité que Dee emploie pour prouver qu’une femme peut être au centre d’une intrigue.

Pappa McPoyle (Guillermo Del Toro) défie Frank Reynolds
Depuis quelques années, le gang vieillit mal. Rob Mac et ses acolytes ont trouvé une belle matière à renouvellement de la série dans ces épisodes où les presque quinquagénaires sont confrontés aux aléas des années 2020 qui les dépouillent de « tout ce qui était mieux avant ». On retrouve encore sur cette saison 18 cet humour de confrontation des générations. Les scénaristes s’attaquent aux technologies dans 2026 : A Virtual Insanity (18-04) au cours duquel le gang se rend à un concert de Jamiroquai et se retrouve perdu dans les bas-fonds de Philadelphie pour avoir coupé le GPS et lâché leurs smartphones en hommage aux années 90. Après une aventure sur le territoire des SDF shootés au Fentanyl, un taxi autonome finira par les conduire à leur concert (…). The War on Alcohol (18-06) les voit découvrir, horrifiés, que la bière sans alcool gagne du terrain dans les bars. Pour y remédier, Dee, Dennis & Frank investissent une boîte de communication déserte (tous sont en télétravail sauf le stagiaire) afin de préparer une campagne sur les bienfaits de l’alcool. Et de les voir reproduire tous les clichés de l’époque Mad Men, mais sans le glamour. Un peu plus tôt, le gang était revenu à l’université dans The Gang Gets Tested (18-03) et Frank Reynolds se rendait compte que les étudiants préféraient militer plutôt que de « profiter » de leurs années de fac . Cette incursion était une belle occasion de gâcher la vie d’un jeune étudiant chinois et de dévouvrir à quel point le cerveau de Charlie Kelly est un cas unique dans l’histoire de l’humanité.

Cricket Superstar des bas-fonds
Les seconds rôles réguliers répondent bien à l’appel de cette saison 18 et leurs apparitions sont toujours aussi légendaires. Cricket (David Hornsby) a même l’honneur d’illuminer trois épisodes de sa présence magnétique. Mais le meilleur côté de Sunny reste la balance entre le bestiaire récurrent et l’interaction du groupe avec les personnages normaux car l’ incompréhension dans le regard de toute personne normalement constituée face à des gens comme eux n’a pas de prix. On préférera donc l’entreprise de sabotage de la réalité d’un Frank’s Team: A Dark Day for Baseball (18-09)- où Frank Reynolds rachète une équipe de juniors de baseball pour pourrir un championnat – aux épisodes en vase clos avec le groupe. Nous ferons bien une exception sur le dernier épisode de cette saison, The Guys Have a Sleepover (18-10), qui décrit une nuit dans la vie du groupe, avec la serveuse (Mary Elizabeth Ellis) et Artemis (Artemis Pebdani) en guests. L’épisode réserve un rare moment de vérité entre Dennis et Charlie et il monte en puissance jusqu’à un climax qui compte parmi les moments les plus répugnants (et les plus drôles) de Frank Reynolds dans la série. Le gang du Paddy’s Pub aurait bien pu nous quitter sur cet épisode somme. Mais pourquoi bouder notre plaisir de retrouver Sunny encore pour de nombreuses années ? L’avenir nous dira si FXX donne un feu vert à Rob Mac, Charlie Kelly, Glenn Hoverton, Kaitlin Olson et Danny DeVito pour arroser les années 2030 de leur politiquement correct. Nous en avons tous terriblement besoin.

Soirée Ouija et biscuits surprises chez Dee. Frank n’est pas loin.


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