Green Room

Un groupe de punk part sur la route pour un important concert mais une fois sur place, le contact leur dévoile un plan foireux. Tentant de se racheter, il leur transmet l’adresse d’une salle de concert dans laquelle ils pourront se remplumer, mais ce club est tenu et fréquenté par des néo-nazis. Après un show riche en provocations, l’un des musiciens est témoin d’un meurtre en coulisses. Ils n’ont alors pas d’autre choix que de s’enfermer sur place. Car à l’extérieur, les proprios et les membres du mouvement sont décidés à en finir avec les témoins gênants, quitte à ramener l’artillerie lourde. La nuit promet d’être infernale.



En 2013, l’américain Jeremy Saulnier bousculait la Quinzaine des réalisateurs de Cannes avec Blue Ruin, son deuxième long-métrage, revenge movie au goût de Néo-Noir sélectionné au pied levé qui souffla par la suite les spectateurs de nombreux festivals. Green Room reprendrait deux ans plus tard ce background Néo-Noir malsain pour le confronter frontalement au survival avec une approche physique en quasi huis-clos et une tension omniprésente.

Loin de prendre prétexte du microcosme punk rock/metal underground pour installer un film de survie lambda, Green Room en est imprégné corps et âme. D’une reprise inspirée des Dead Kennedys (Nazi Punks Fuck off!) à des références habilement intégrées aux dialogues et aux décors, Saulnier, qui a grandi dans le milieu et joué dans plusieurs groupes, développe son intrigue dans le détail. Mais plus que d’investir intelligemment un territoire peu exploré au cinéma, tout ceci appuie la crédibilité du film et de l’action. Saulnier laisse délirer sa bande de punks sans les prendre de haut, nous n’aurons donc pas de sur-caractérisation comique ni de jeu de massacre second degré, mais à ce qui s’apparente bien au cauchemar d’une bande de gamins sympathiques, capables de réactions qui font sens dans la situation à laquelle ils sont confrontés. La brochette de jeunes acteurs, menée par le regretté Anton Yelchin (Terminator Renaissance, le reboot de Star Trek), Alia Shawkat (les séries Arrested Development et Search Party, The Final Girls ) et Imogen Poots (The Art of Self-Defense, Vivarium) soutient avec honneur ce niveau de crédibilité.


Green Room évite également de se complaire dans le gore comme de nombreux survival ont pu le faire au début des années 2000. A l’instar d’un Peckinpah, Saulnier sait rattacher la douleur à la violence. Elle apparaît brutalement, dure peu, et occasionne des dégâts tout aussi brutaux. La tension soutenue et ces partis pris de réalisme radical placent le film dans la continuité des survivals des années 70/80. L’auteur et son équipe ne prendront toutefois pas la route des Chiens de paille, d’Assaut ou de La Colline a Des Yeux en misant sur le hors-champ, développant d’entrée un affrontement qui donne accès aux deux camps. Il en ressort une menace à visage humain d’autant plus dérangeante qu’elle est personnifiée au plus haut lieu par le taulier du rade incarné par le non moins regretté Sir Patrick Stewart, qui a sauvé le film de la débâcle en intégrant son casting. Darcy Banker est un de ses seuls rôles de connard de l’acteur, et il est vraiment glaçant !

Ces hommes extrêmes sont, comme dans Blue Ruin, bousculés par des histoires privées à l’origine d’un enchaînement de situations incontrôlables, auxquelles on ajoute ici le choc idéologique. Confrontant ses punks au chaos guerrier et au besoin impérieux d’une aide policière, Saulnier se garde bien de juger, élude tout discours politique au profit d’une confrontation de l’instant dont l’issue n’est à aucun moment prévisible. Une confrontation qui fait ressortir les aptitudes et la volonté de chacun des protagonistes, et dévoile ce qu’ils ont acquis au-delà de leur groupe d’appartenance.

Green Room avait convaincu les sceptiques de la langueur de Blue Ruin que Jeremy Saulnier avait sa place parmi les réalisateurs les plus prometteurs du moment. Après deux films pas mauvais, mais moins convaincants sous l’égide de Netflix (Hold the Dark & Rebel Ridge), on attend toujours son grand retour avec un film de cette trempe.

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