
Hope est de ces films où il faut ne rien attendre et se laisser emporter. Dix ans après le foisonnant The Strangers, le réalisateur sud-coréen Na Hong-jin change son fusil d’épaule pour nous envoyer un blockbuster d’action primal, un objet sauvage qui alterne décharges d’adrénaline et scènes qui s’étirent dans un tempo étudié. La première heure est d’une grande simplicité : Un flic poursuit une créature sauvage qui a détruit sa bourgade et massacré les habitants tandis qu’un groupe de chasseurs fait route vers la forêt. Des cadavres et de brèves déflagrations de violence. Rien de plus.
Immergé dans la peau du lieutenant, le spectateur contemple le chaos et la désolation laissés dans sa bourgade, et il se frotte au monstre sans jamais le voir, ce qui laisse la porte ouverte à toutes les craintes. Etirer aussi longtemps l’entrée en matière était un risque, mais le réalisateur scénariste maintient la tension et il sait relancer l’intérêt. Ce scénario dépouillé à l’extrême nous enferme progressivement dans un piège dans lequel nous ne nous voyons même pas tomber, comme si nous étions nous même dans cette position de survie, prisonnier dans l’espace et dans le temps de l’action présente. Lorsque le monstre révèle sa forme et son visage, la menace qu’il représente surpasse en tout point son simple aspect physique – pourtant réellement impressionnant.

SPOILERS
Hope nous embarque ensuite dans une course-poursuite qui ferait rougir les films d’action hollywoodiens les plus maîtrisés, et ce n’est qu’une entrée en matière. Mais au milieu de la profusion d’action, Nah Hong-Jin ne perd pas le nord sur la gestion et le timing de ses révélations. Lorsqu’une révélation clé du film fait dévier le survival vers la science-fiction, il continue d’ancrer son récit dans le réel. Dans l’affrontement à bâtons rompus qui se joue, les humains idiots et belliqueux ont peu d’arguments pour rivaliser à avec les aliens plus grands, plus forts, plus rapides et plus intelligents. Dès qu’il est établi que les seconds n’attaquent que ceux qui leur tirent dessus et que l’alien qui a attaqué le village avait une raison (sans avoir la justification) de le faire, on prend vite le parti de cette espèce qui semble être plus civilisée que l’entièreté du casting humain. La déviation du point de vue est progressive, faite de paliers jusqu’à la conclusion qui autorise enfin le spectateur à comprendre leur langage – consolidant l’empathie acquise pour ces naufragés. Cela n’empêche pas Nah Hong-Jin de se détourner des humains. Il capitalise sur ses acteurs et leur offre régulièrement des moments de comédie qui font respirer – la mention allant à un témoin de l’existence des extra-terrestres qui s’embarque dans un récit honteux sur les circonstances de cette rencontre. Durant cette scène, en dépit de la tension ambiante, les spectateurs de la salle ne pouvait plus s’arrêter de rire.

Comme c’était déjà le cas pour The Strangers et les autres films du réalisateur, l’espace est important, c’est bien plus qu’un lieu où se déroule l’action. Na Hong-Jin a tourné son film dans la zone démilitarisée située entre les deux Corées, zone naturelle non accessible aux communications et à la population civile. Le caractère sauvage des lieux participe du sentiment d’isolement et reserre l’affrontement, autant que les points de vue. En dépit des emprunts ça et là, Hope ne fait penser à aucun récit d’extra-terrestres existant. Il renvoie à l’esprit d’un Apocalypto, d’un Mad Max Fury Road. Des blockbusters particulièrement originaux, qui renferment le même épure, la même urgence et qui se vivent (en salles) plus qu’ils ne se décrivent.


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