
Buddy la gentille licorne apprend aux enfants à être heureux dans une émission qui ressemble un peu à l’île aux enfants ou rue Sésame : Des animaux gentils, des objets qui parlent et surtout beaucoup de gentillesse et de bonne humeur. Mais dans l’épisode du jour, un des enfants n’a pas envie de danser. Il préfère lire un livre. Buddy perd le contrôle et il tue sauvagement le garçonnet. Les autres enfants ne tardent pas à découvrir les vraies raisons de l’absence de leur camarade. Ils cherchent à sortir de l’émission, mais Buddy ne les laissera pas faire.

Vous souvenez-vous de Too Many Cooks, ce court-métrage d’Adult Swim qui reprenait les gentils génériques des sitcoms et autres séries des années 80 pour y introduire un élément perturbateur très dérangeant ? Difficile de passer à côté si vous étiez déjà collé(e) au web en 2014. La vidéo était partout.
Quatre ans plus tard, le coupable du méfait Casper Kelly promena de nouveau son mauvais goût sur le scénario du Mandy de Panos Cosmatos, qu’il coécrit. En 2026, le voici aux commandes de Buddy, une perversion des émissions pour enfants qui trouve son origine dans une proposition faite au réalisateur de tourner un film d’horreur avec une créature enfantine. Casper Kelly refuse car il ne veut pas refaire Five Night at Freddy’s ou Willy’s Wonderland, mais il en vient à se demander pourquoi dans ces émissions, les enfants sont toujours gentils. Et s’ils ne faisaient pas ce qu’on leur demande ? Et s’ils étaient tellement ingérables que … ? C’est sur cette idée qu’a germé le scénario extrêmement barré et bizarre de Casper Kelly et Jamie King. Les producteurs de deux belles surprises dérangeantes de l’an dernier, Frienship et Evanouis ont flairé le bon filon. Le résultat – projeté en avant-première et en compétition de cet Etrange Festival 2026, est drôle et malaisant et il ne ressemble à rien d’autre de ce que vous avez déjà vu même en plusieurs décennies de métaverses. Buddy pourrait bien même être plus traumatisant qu’un épisode des Télétubbies.

Comme il l’avait fait pour Too Many Cooks, Casper Kelly fond le début de son film dans le pastiche. Il reproduit à l’identique les émissions qu’il cible (génériques inclus), et il introduit le mal comme le ver dans le fruit, par chocs bruyants qui escaladent sur plusieurs épisodes. Buddy devient le Double Face de Batman. Celui qui était du côté de l’ordre et que les circonstances ont transformé en fou furieux. Mais n’a-t-il pas raison ? Pourquoi ces enfants ne s’occupent pas de leurs affaires et ne se contentent-ils pas d’être gentils comme il leur chante à longueur de temps ? Lorsque Buddy perd le contrôle, c’est tout un monde qui s’effondre. C’est toute une émission – qui a une vie propre sans producteur ni équipe de tournage – qui sort de son cadre, jusqu’à ce qu’elle cesse d’émettre dans un ultime drame sanglant. Les enfants fuient alors vers l’inconnu.

Le réalisateur nous entraîne ensuite dans une banlieue étatsunienne où une mère de famille déphasée (Cristin « Le Pingouin » Milioti) est obsédée par l’idée qu’elle et son mari avaient un troisième enfant. Après la venue d’une medium, Buddy se manifeste par la tévé, et la mère ne tardera pas à comprendre sa douleur. On aurait pu se croire partir dans un Il est revenu où la licorne remplacerait le clown. Mais le film nous amène où il veut bien nous amener. L’aventure fera découvrir aux enfants en fuite de nouveaux personnages barjos et un lot de désillusions. Casper Kelly ne lésine pas sur le trash et il va souvent très loin. Son humour noir sait pourtant effleurer le glauque sans jamais y tomber. Le décalage entre le cadre innocent du film et le monde réel des perversions adultes qui l’envahit transforme le chemin des enfants enun conte un peu conscient de lui-même, mais qui fonctionne autant dans son premier degré que dans son côté décalé provocateur. Même sans son élément dramatique, Buddy aurait été un très bon film, mais celui-ci complète son unité de long-métrage. Le film de Casper Kelly est aussi un moyen radical pour décoller les gamins des écrans…si aucune autre méthode ne fonctionne.



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