Le célèbre romancier Ohm Bauman (Adam Scott) s’exile en Irlande dans l’hôtel où ses parents avaient passé leur lune de miel afin d’y libérer leurs cendres. Traumatisé par le meurtre tragique de sa mère qui précipita sa famille dans une spirale de noirceur, l’écrivain est devenu amer et suicidaire. Dans cet hôtel qu’on dit hanté par des sorcières, il va être entraîné dans une enquête qui le poussera à sortir de lui-même.

Le terme Hokum (contraction d’Hocus Pocus et Bunkum / âneries ) peut se traduire par balivernes ou charlatanisme. Il est employé par le romancier pour accueillir les superstitions des irlandais qui composent le staff de l’hôtel. Bauman est un homme rationnel, et dans une tradition de l’horreur qui remonte à H.P Lovecraft, plus le héros est rationnel, plus la descente dans les couloirs de l’innommable sera rude. Baigné dans son folklore local et les somptueuses images de la nature irlandaise, le nouveau film de l’irlandais Damian McCarthy (Oddity) cherche surtout à faire ce que sait faire tout bon film d’horreur fantastique, à nous faire douter le temps d’un film de notre bon sens qui ne croit pas en ces balivernes.

Familier et sympathique même dans la peau d’un personnage antipathique, Adam Scott (Severance, Krampus) est le parfait vaisseau pour nous faire entreprendre ce voyage. Car disons le tout de suite, l’intrigue qui le conduit à passer la nuit enfermé dans cet hôtel hanté est une belle excuse pour planter le décor de cette confrontation avec la peur dans ce qu’elle a de plus primale. Avec un sens de l’espace et du montage aiguisé, Andrew McCarthy met en place une mécanique qui progressivement enferme le spectateur pour qu’il ne fasse plus qu’un avec le personnage. On vit littéralement son angoisse, on se surprend à sursauter à des jump scares qui auraient fait sourire dans n’importe quel autre film d’horreur, on plonge dans sa psyché malade et dans sa culpabilité. La surprise est belle car l’introduction, faite de langueurs et un brin cryptique, ne laissait pas augurer du voyage qui nous attendait. Hokum est un des rares films d’horreur actuels qui prend plus de soin à installer une mécanique d’angoisse et d’horreur cinématographique qu’à développer des surcouches à ses personnages et thématiques.

Ce n’est pas tant qu’Hokum délaisse son versant polar / néo-noir. Bien au contraire, le décor est planté avec justesse, les enjeux sont clairs dès l’introduction et l’authenticité des personnages « locaux » participe de l’adhésion. Le personnage coénien incarné par Peter Coonan glisse à chaque action dans l’horreur absurde d’un fait divers. David Wilmot campe un vieux fou pas si fou que ça et la sympathique Florence Ordesh devient un fantôme, un personnage tragique et le vecteur qui guide l’anti-héros vers la lumière. La tension monte progressivement et tous les versants du film se rejoignent dans un climax éminémment bien préparé, horrible et particulièrement cinégénique. Si Oddity pouvait laisser quelque réserves sur le talent et la sincérité de la démarche d’Andrew McCarthy, elles sont désormais évacuées. On attend fermement son prochain opus.

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