The Pitt – Saison 2

La saison 1 de The Pitt a envoyé dans les cordes tous les dramas médicaux de ces quinze dernières années, et plus largement tous les dramas de l’année 2025. A l’ère post COVID et dans un contexte fort de désinformation médicale, il y’avait matière à proposer une suite à Urgences à même de soutenir de nouvelles vocations et de mettre en valeur les conditions de travail difficiles du personnel médical Etatsunien, véritable relai social de populations délaissées. R. Scott Gemmill, Noah Wyle et John Wells n’ont pas pu le faire pour des raisons de droit. Ils ont réussi à faire mieux en proposant de suivre en une saison une journée de garde des médecins urgentistes d’un hôpital fictif de Pittsburg, sous la houlette du Dr. Robinavitch (Noah Wyle, qui campa le Dr. Carter dans Urgences). La saison 2 de The Pitt qui vient de s’achever sur HBO Max au terme de 15 épisodes diffusés chaque semaine depuis janvier maintient le niveau de qualité de la première saison et relève un à un tous les nouveaux défis qui se posaient pour les scénaristes.

Avec sa moyenne de 24 épisodes par saison, Urgences couvrait toute une année de septembre à mai sur le modèle de diffusion des séries de la fin des années 90. Le format permettait de se familiariser avec les personnages, de les suivre au jour le jour dans leur progression et de favoriser une continuité des intrigues. Il évitait aussi qu’on ne quitte les personnages trop longtemps avant la prochaine saison. Lorsque nous retrouvons nos personnages au début de la saison 2 de The Pitt, plusieurs mois se sont passés. Le défi des scénaristes est multiple sur les premiers épisodes : réactiver la familiarité avec les personnages, créer des éléments de continuité avec les intrigues de la journée de la saison 1 (qui est bien loin derrière) et faire ressentir l’évolution de chacun durant ces mois, tout ça en allant de l’avant. Car il n’est pas question de répéter la première saison. La série a le devoir de faire évoluer ses urgentistes. Elle a aussi plein de nouvelles choses à dire, plein de nouvelles facettes d’une journée aux Urgences à explorer et de nouveaux problèmes à aborder dans le contexte des Etats-Unis d’Amérique de 2026.

Le Dr. Al Hashimi, une cheffe de service pro technologie au coeur d’un enfer analogique

La saison 1 a créé quelque chose d’unique entre le spectateur et les urgentistes du Pitt, et on peut constater que dès le premier épisode, il y’a le même sentiment qu’on a lorsqu’on retrouve de vieux amis. On est déçus que tous ne soient pas présents à l’appel (exit le Dr. Collins), mais heureux que presque tous soient de retour, et tout repart comme si on ne les avait jamais quittés. Il y’a une alchimie entre les acteurs et leur personnage qui facilite grandement la tâche aux scénaristes. Plus besoin de présentations, pas de previously (The Pitt évite les facilités) nous reprenons un 4 juillet, jour de la fête d’indépendance. Ce détail est important, et nous ne saurons vraiment pourquoi qu’à la conclusion de la saison. Pour reprendre le fil, nous pouvons nous raccrocher au point de vue de cinq personnages. Le premier est la docteure Baran Al-Hashimi (Sepideh Moafi), nouvelle cheffe de service censée remplacer le Dr. Robinavitch pendant la durée d’un congé sabbatique (un road-trip en moto qu’il démarerra à l’issue de cette journée de garde). Elle découvrira ce petit monde en menant sa première garde conjointement avec le Robinavitch. Deux nouveaux internes aux antipodes l’un de l’autre font leur entrée dans le bain, l’un est froid et très intelligent, l’autre est plus en retrait mais elle réserve des surprises. Ils vivront chacun à leur façon le shoot d’adénaline de cette journée et serviront de boussole pour les nouveaux spectateurs. Une nouvelle infirmière fait son entrée dans le service, épaulée par une Dana Evans toujours fidèle au poste. Enfin, le Docteur Franck Langdon (Patrick Ball) qui avait été mis à pied dans la saison 1 de la série après la découverte de sa consommation de médicaments est de retour après une cure. Ce retour raccorde la nouvelle saison à la première, faisant resurgir les tensions liés à son départ.

Robinavitch et ses anciens novices

Pour faire oeuvre de continuité, les scénaristes ont conservé d’autres bribes de la journée de la saison 1, un visage de patient récurrent (Louie, qui occupe une place importante au début de la saison), des conséquences sur la vie des médecins (Whitaker est resté en contact avec la femme d’un de ses patients décédé), une intrigue autour du Docteur Mel King et de sa soeur. Alors que les internes Santos et Javadi ont encore des galons à gagner (la guerre de Santos avec les dossiers patients est un beau fil rouge de la journée), Whitaker et King – devenus médecins – ont pris de la bouteille lors de ces mois. Le point de gravité qui était sur le trauma post-COVID dans la saison 1 s’est déplacé vers de nouveaux sujets. Robinavitch doit faire face à sa dernière journée avant un congé sabbatique qui ressemble de plus en plus à un dernier adieu avant un suicide. Cette saison 2 nous plonge dans une crise causée par une attaque sur les systèmes informatiques de l’hôpital qui force les médecins à travailler avec du papier sur une grande partie de la saison. Il est aussi question de l’utilisation de l’IA, à laquelle le Dr. Al Hashimi est favorable. The Pitt n’hésite pas à aborder frontalement (mais sans grandiloquence) les conséquences de la mise en place de ICE, la nouvelle police de l’immigration des USA créée par Donald Trump. La venue dans l’hôpital d’agents de ICE aux méthodes brutales va créer des remous et mettre en danger un personnage de soignant récurrent. Cette volonté de ne pas faire l’impasse sur ce sujet politique brûlant est raccord avec Urgences et avec la conclusion poignante de la saison, dans laquelle les soignants – américains de toutes origines – se réunissent pour admirer le feu d’artifice du 4 juillet.

Mel King et Santos en plein relâchement après une journée pénible

The Pitt, c’est toujours des cas médicaux complexes avec des interventions gores, des défis pour les médecins qui font avec les moyens du bord et avant tout des rencontres avec de nouveaux patients, des défis émotionnels et sociaux pour les équipes de l’hôpital, parfois des cas un peu décalés pour réserver une dose d’humour. Les Dr. Jawadi et McKay devront épauler une femme courageuse atteinte d’un cancer qui doit dire adieu à une famille parfaite et aimante. Dana Evans et sa nouvelle infirmière accueilleront une jeune femme agressée sexuellement. Elles tenteront aussi d’égayer un peu la journée d’un sans-abri qui repartira du Pitt méconnaissable. Cette saison 2026 est une journée particulièrement tendue au Pitt, et toute aussi inoubliable que l’était la première et elle prend le même soin à traîter chaque sujet avec tact et doigté, à peser les intrigues pour ne pas sur-dramatiser, trop charger la mule sur une seule journée. La série est visiblement sur de bons rails pour plusieurs années, et on aura du mal à attendre sept mois pour voir la saison 3. Pourquoi pas, sur cette prochaine saison, nous accorder 24 épisodes avec les gardes de jour et de nuit bout à bout ?

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