
A la fin de la saison 2, Rhaenyra avait constitué son armée et avait scellé un pacte avec Alicent pour désarmer Port-Réal. Nous pouvions nous attendre à une prise imminente de la ville. Mais avant d’être couronnée, notre pauvre héroïne devra subir un nouveau drame qui endeuillera encore plus sa prise de pouvoir. Le roi Aegon, dans un piteux état, a fui avec Larys et il va erreur sous une nouvelle identité, attendant son heure. Aemond s’est arrogé le trône de fer, mais sa mère parvient à le convaincre de rejoindre Harrenhal. Alicent et Helaena parviennent à tenir leur part du pacte et Rhaenyra s’installe sur le trône de fer. Mais tous les Hightower ne rendent pas les armes. Le cousin Ormund a pris sous son aile Daeron, le dernier fils d’Alicent et de feu le roi Viserys. Il trompe la reine avec l’idée de voir son protégé monter sur le trône. La prise de Chutebourg par les troupes Hightower est le coup d’envoi d’un jeu de destabilisation de Daenerys de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur. Pendant ce temps, Daemon et Mysaria se disputent l’influence sur la reine. Rhaena parvient à dompter son dragon, mais il la condamne à vivre cacher, et Lord Corlys peine à faire accepter ses deux fils batards.

Deux ans après une saison 2 qui laissait de belles promesses pour la suite, nous quittons cette saison 3 avec…de belles promesses pour la suite. Les deux premiers épisodes ont bien fait bouger les lignes pour installer Rhaenyra sur le trône, mais la série s’engouffre par la suite dans un tunnel qui durera jusqu’à son dernier épisode. L’objectif est visiblement de laisser les coudées libres à Rhaenyra pour gouverner, en ne lui offrant qu’un ennemi non Targaryen à affronter. Et même dans ce contexte, la reine est loin de tenir le standard de son père Viserys. Oubliées la gamine têtue et opiniatre de la saison 1 et la reine déchue mais tenace de la saison 2, Emma d’Arcy campe une reine désorientée, hésitante, perpétuellement dépassée par les évènements et qui semble prendre pour acquis naïf que le seul fait de suivre les principes de son père lui accordera un règne long et prospère. La situation dans laquelle elle démarre son règne est certes difficile, mais l’impression est vive que nous suivons durant cette saison un autre personnage. La fin semble nous donner raison comme la difficulté de son affrontement avec les Hightower achève de la faire tomber dans le giron de Daemon et d’en faire pour le futur, une semblable de Daenerys. Une reine prometteuse qui devient malgré elle, un tyran. Exit donc l’identification avec le personnage pivot de la série.

Les intrigues de cour sont à l’avenant, répétitives et prévisibles tandis que les deux frères en exil subissent leur saison de transition. Tout au plus pourrait-on se rabattre sur le camp Hightower si Ormund, joué avec une délicieuse arrogance par James Norton – nouvelle valeur montante des acteurs anglais – ne s’avèrait pas être au final un nouveau personnage unidimensionnel amené sur le devant pour créer une intrigue. Les autres personnages laissent pour une grande part indifférents. Le plus important gâchis est bien Ser Criston Cole, un autre personnage important qui ne laissera pas grand souvenir.

Rhaenyra, Aegon, Aemond, Daeron, Haelena. Cette saison est sans aucun doute la saison des enfants de Viserys, mais elle les montre tous comme déconnectés de leur destin, sous la coupe de quelqu’un ou de quelque chose. Quand il ne s’agit pas de proches, ce sont leurs dragons qui les influencent – comme le souligne très justement la clairvoyante Haelena. Avec ses six dragons, Rhaenyra devient une reine qui prend et ne donne plus à personne. Aemond redevient le gamin esseulé en l’absence de Vhaegar, dans une intrigue qui renvoie trop à celle de Daemon dans la saison 2. Jusqu’à la dernière partie de la saison, Aegon est comme mort, à l’image de son dragon, et dans cette torpeur, son réveil fait bien plaisir, aussi antipathique soit son personnage. On est aussi heureux de voir un des nouveaux dragoniers de la saison 2 prendre le dessus sur tout ce petit monde et détruire – parcequ’il a eu un réveil difficile – tout l’échiquier en place. Même si le ressort scénaristique est facile, un peu d’anarchie dans une mécanique trop huilée ne se refuse pas. Le seul moment d’émotion réelle de cette saison sera lors de sa conclusion et concerne un personnage en retrait, mais qui reprend de la façon la plus radicale qui soit, le peu de contrôle qu’elle pouvait encore prendre sur sa vie.

House of the Dragon reste une série impressionnante qui sait montrer son budget et offrir de belles batailles, mais elle apparaît plus que jamais désincarnée, peuplée de fantômes. Pour la quatrième et dernière saison de la série, on espère que le tabula rasa d’Ulf le Blanc et le retour des frères vont redonner un peu de vigueur à ce petit monde pour un bouquet final qui saurait au moins nous surprendre, si ce n’est donner une plus grande résonnance aux évènements de cette saison.




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