La Fin d’Oak Street – The End of Oak Street

Huit ans après Under The Silver Lake, on ne s’attendait plus à revoir un nouveau film de David Robert Mitchell. Son néo-noir tortueux dans Los Angeles mené par Andrew Garfield apparaissait un peu trop comme son Southland Tales, un jeu de piste en roue libre et trop à part pour ne pas énerver ceux qui avaient porté aux nues le réalisateur pour It Follows. La comparaison n’est pas si hasardeuse, quand on voit le nombre de points communs que partagent les films de David Robert Mitchell et de Richard Kelly. La fin d’Oak Street – le film qui signe son retour – est de la bonne vieille science-fiction estampillée 50’s/60’s, au même titre que The Box, mais Mitchell prend nettement moins de risques en prenant la voie populaire du blockbuster estival à tendance nostalgique : Prenez un quartier de suburbs et une famille américaine typique, baignez-le dans les années 80 d’Amblin/Spielberg (le film se passe en 1982) et implantez-y un élément surnaturel, en l’occurence le déplacement du quartier entier à l’époque préhistorique, au milieu des dinosaures et autres bébètes plus grosses que nature. A la production, on retrouve le soutien J.J Abrams (Super 8) et sa boîte de prod Bad Robot et on comprend déjà mieux comment le projet – une histoire et un scénario original – a pu être mené à bien et conserver une certaine fraîcheur. La Fin d’Oak Street ne déplace pas des montagnes (oui, il déplace des maisons), mais il nous fait découvrir un David Robert Mitchell tout aussi à l’aise dans le divertissement que dans les univers indies.

S’il n’y avait qu’une raison de se déplacer en salles pour voir l’aventure de la famille Platt, ce serait son bestiaire. Les dinosaures créés pour l’occasion sont plutôt convaincants et bien intégrés et leurs interactions avec les humains sont filmées dans une énergie communicative. Il y’a en prime une étrange créature surprise qu’on vous laissera découvrir. Au beau milieu de l’enfer vécu par sa famille, David Robert Mitchell aime nous gratifier de plans larges d’Oak Street où on voit autant de maisons que d’attaques brutales. Il ne se prive pas pour autant d’un bon plan séquence qui isole les Platt dans leur aventure personnelle, donnant presque à oublier que tout le quartier vit le même cauchemar. Comme c’était le cas dans beaucoup de productions Amblin des années 80, le récit tend à créer un groupe d’élus que les circonstances vont rapprocher. Il se calque ici sur la famille, à une pièce rapportée près. On avait déjà remarqué à quel point It Follows isolait ses quatre adolescents du monde extérieur. Les Platt n’hésitent pas à prendre des nouvelles de leurs voisins lorsqu’ils s’aperçoivent que quelque chose ne va pas, mais ils ne penseront pas à constituer un groupe plus important pour lutter de façon plus efficace contre les animaux préhistoriques. Ce repli familial apparaît comme un réflexe conditionné pour la survie au milieu d’un quartier polissé qui révèle son agressivité et sa méfiance dès que quelque chose dépasse (le voisin, le groupe d’enfants bagarreurs…). Ce repli sur la cellule familiale, ce « chacun pour soi » sans cause commune sera brisé pour la forme dans les dernières minutes, lorsque Denise pensera à sauver – aussi – d’autres personnes du quartier.

Mais ce repli ne décrit pas que l’individualisme étatsunien (déporté depuis dans notre Europe), il nourrit aussi très bien le noeud de l’intrigue. La mère (Anne Hattaway) est attiré vers ailleurs, le père (Ewan McGregor) est prêt à tout pour garder sa famille, quitte à se plonger dans le déni et un optimisme à toute épreuve. Les enfants (Maisy Stella & Christian Convery) sont tenus en dehors de ces problèmes, mais ils sentent qu’un divorce se profile. L’aventure qui attend les Platt va sortir chacun de sa coquille et réinstaurer une communication entre les membres de la famille. Le tout dans une atmosphère de sympathique divertissement assumé au premier dégré – avec ses beaux moments et ses archétypes – et qui s’autorise quelques débordements gores (n’invitez pas les moins de 12 ans…). La fin d’Oak Street est en somme un beau petit cadeau estival et il fut visiblement une belle parenthèse de régénération pour son scénariste/réalisateur qui vient de lancer le tournage de They Follow, la suite de son premier succès.

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