Le Sabre des Gardiens – 镖人:风起大漠 – Blades of the Guardians

L’Etrange Festival est de retour pour cette année 2026 entre le 1er et le 12 septembre avec une semaine de films qui ne se ressemblent pas et n’entrent dans aucune case. Et ça se passe toujours au Forum des Images. Pour l’ouverture de sa 32ème édition, le festival a mis les petits plats dans les grands avec un double programme peu banal : le Court d’Animation Le Trésor de Vincent Patar et Stéphane Aubier (Une des suites du rutillant Panique au Village) et Le Sabre des Gardiens de Yuen Woo Ping. Sans transition, nous plongions de l’univers en stop motion de Coboy, Indien et Cheval à l’univers du Wu Xa Pian (film de sabre chinois) avec le retour de Yuen Woo-Ping derrière la caméra pour une fresque à grand spectacle d’une efficacité remarquable.

Le Sabre des Gardiens est l’adaptation du célèbre manhua (BD chinoise) Biao Ren de Xu Xianzhe. Il conte l’histoire de Dao Ma, ancien assassin reconverti en chasseur de primes et deuxième personne la plus recherchée de l’Empire. L’homme voyage avec un enfant pour compagnon dans un territoire où cinq clans se partagent les restes d’un empire vieillissant. Lorsqu’un chef de clan qui le protège lui demande de conduire la personne la plus recherchée de l’Empire – un activiste pacifiste qui prône une « révolution des fleurs » – il accepte une mission presque impossible pour le commun des mortels, mais pas pour un guerrier de la stature de Dao Ma. Dans leur périple, Dao Ma, l’enfant et l’activiste seront accompagnés d’une archère fille du chef de clan en question, de son amie guerrière Ani, d’un autre chasseur de primes aux cheveux longs et gris et d’une femme recherchée très libérée.

Le Sabre des Gardiens est un film d’aventures qui ne cherche pas l’ambiguité. Il situe clairement les bons et les mauvais, et son anti-héros possède une boussole morale et un aplomb qui lui attire aussitôt la sympathie. Le charisme et le jeu de Wu Jin ne sont pas étranger au plaisir qu’on prend à suivre cette équipée. Yuen Woo Pin ne réinvente pourtant pas l’eau chaude car son film emprunte à ce qui s’est fait de mieux dans le cinéma d’action et d’aventure depuis plus de 60 ans : Un groupe hétéroclite digne des films d’Akira Kurosawa (qui inspireraient plus tard Georges Lucas), une ampleur et un souffle qui rappelle la trilogie du Seigneur des Anneaux. Mais le mélange est savamment distillé dans un scénario qui ménage ses révélations.

C’est un grand plaisir de suivre les combats du Sabre des Gardiens. Ils sont chorégraphiées et filmés avec une grande maitrise. A 81 ans, Yuen Woo-Ping a accompagné Jackie Chan à ses débuts sur Drunken Master ou Tai Chi Master, puis a bien plus tard chorégraphié les combats de Matrix, Kill Bill et Tigre et Dragon. Sa réalisation est énergique, à la fois classique et moderne. Elle porte avec aplomb une mécanique huilée qui n’est pas exempte de grands moments de cinéma. Comme pour donner un défi aux futures générations de faiseurs de Wu Xia Pian, le réalisateur sait aussi étonner avec une séquence d’action impressionnante au beau milieu d’une tempête de sable (le meilleur moment du film). Côté casting, Le Sabre des gardiens est un bel alliage de la nouvelle et de l’ancienne génération. On est heureux de retrouver Tony Leung Ka-Fai dans un rôle émouvant de chef de clan et de voir Jet Li revenir aux armes en gouverneur perfide.

Le Sabre des Gardiens a une place à part, presque hors-catégorie au sein de la sélection de l’Etrange Festival 2026. Grâce à Carlotta, il pourra s’épanouir en salles le 25 novembre prochain.

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