Ithaqua

Au XIXème, dans une région reculée du Canada, le commerce de la fourrure est en déclin. Dans un avant-poste ravagé par la famine, un mercenaire chargé de rassembler des vivres qui traîne – évidemment – un passé trouble tente de gagner du temps alors que la colère monte. Lorsqu’une enfant indienne mutique et visiblement traumatisée se présente au camp, une ombre commence à rôder. Le mercenaire et un petit groupe d’hommes sont envoyés au village de l’enfant pour négocier un peu de vivres.

En 1999, Antonia Bird, Guy Pearce et Robert Carlyle donnaient un coup de fouet à l’horreur historique avec le génial Vorace qui mettait en scène un groupe d’hommes sous l’emprise du cannibalisme lors d’un hiver très rude de la guerre américano-mexicaine. En compétition, Ithaqua n’a pas vocation à rivaliser avec le chef d’œuvre d’Antonia Bird, mais il est à ce jour son plus digne successeur dans un registre toutefois plus dramatique.

Entre la gestation et la sortie du film, quatorze ans se sont déroulés durant lesquels le réalisateur canadien Casey Walker a peiné à rassembler un bon budget. Ses efforts étaient comptés sans la participation de John Gore, l’homme qui a racheté la Hammer Films en 2023. C’est donc sous cette bannière prestigieuse – mais chiche en nouvelles sorties (rien depuis The Lodge en 2019) – que ce le tournage d’Ithaqua s’est poursuivi.

Le résultat est une immersion complète dans les immensités de neige, où la rudesse des températures côtoie les ravages d’une faim dont la viscéralité rampante est bien perceptible au spectateur.

La volonté de Casey Walker de tourner en décors réels dans des températures pouvant baisser jusqu’à -50°C apporte une authenticité au récit et elle renforce la menace exercée sur les hommes et femmes par la nature. On croise ici les ganaches d’un Michael Pitt (Boardwalk Empire, Funny Games US) en juge autoritaire, de Kevin Durand (The Strain) en militaire zélé et de Luke Hemsworth (la série Westworld) en mercenaire paumé. Classique mais bien gore, Ithaqua prend le temps d’exposer son histoire et de faire exister ses personnages principaux et secondaires. Casey Walker réussit à installer une atmosphère de tension qui ne décroit pas, à nous faire frissonner avec ses personnages, à bien gérer la topographie des lieux dans la séquence d’attaque finale, et il nous offre en guise de conclusion un sympathique Wendigo. En somme, un film d’horreur historique aux accents lovecraftiens qui bénéficie d’un cadre peu mis en valeur au cinéma. Une belle découverte au sein de la compétition de cet étrange festival 2026.

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